Uvira s’effondre : Kinshasa accuse Kigali et exhorte les médiateurs à sauver la crédibilité des processus de paix

La prise d’Uvira par l’AFC/M23 marque un nouveau séisme dans l’Est de la RDC. Ville stratégique, verrou militaire, charnière territoriale, Uvira tombe au moment même où les accords de Washington devaient inaugurer un frêle retour à l’accalmie. Kinshasa pointe Kigali, dénonce une trahison ouverte des engagements fraîchement signés et appelle les facilitateurs internationaux à empêcher la dislocation d’un cadre diplomatique déjà fissuré. Entre géopolitique en lambeaux et basculement militaire, la région des Grands Lacs retient son souffle.
Diplomatie fragilisée : les accords de Washington à l’épreuve du feu
L’occupation d’Uvira, officialisée le 10 décembre, frappe les processus de paix en plein cœur. Kinshasa accuse frontalement le Rwanda d’avoir foulé aux pieds les engagements pris quelques jours plus tôt sous l’égide des États-Unis, du Qatar et de l’Union africaine. Le gouvernement congolais parle d’un « choix délibéré » du président Paul Kagame de tourner le dos aux Accords de Washington, dénonçant une décision qui « sape intentionnellement » les efforts diplomatiques impulsés par le Président Donald J. Trump.
Dans son communiqué, Kinshasa exhorte les médiateurs à employer « l’ensemble de leur arsenal politique et diplomatique » pour restaurer la crédibilité des proce2ssus de Washington, Doha et de la médiation africaine. Message clair : la diplomatie chancelle, et seuls des actes fermes pourraient la relever.
Le gouvernement congolais élargit ensuite l’alerte : il appelle le Conseil de sécurité des Nations unies à faire appliquer sa propre résolution 2773 (2025), notamment en matière de cessation des hostilités et de retrait des forces rwandaises du territoire congolais. Mais, malgré la crispation croissante, Kinshasa affirme rester attaché aux cadres diplomatiques existants, tout en martelant qu’il ne renoncera jamais à la protection de sa population ni à la défense de son territoire.
Cette rupture entre engagements signés et réalités armées interroge la capacité des médiations internationales à peser sur un conflit devenu un labyrinthe de méfiances, d’accords fragiles et de calculs géostratégiques contradictoires.
Pivot sécuritaire : Uvira, verrou stratégique vers le Grand Katanga
Sur le terrain, la chute d’Uvira dépasse le symbole. Elle redessine la carte militaire du Sud-Kivu et recompose les lignes de front. Considérée comme un nœud stratégique, la ville contrôlait l’accès vers le Nord et le Sud-Kivu, mais surtout vers l’espace Grand Katanga, poumon économique du pays et artère vitale pour Kinshasa. En s’emparant de ce verrou, l’AFC/M23 renforce son continuum territorial et ouvre un corridor susceptible de projeter la guerre beaucoup plus au sud.
Ce basculement intervient à un moment critique : après la prise de Bukavu en février 2025, Kinshasa avait fait d’Uvira le siège provisoire de ses institutions dans la province du Sud-Kivu. Ce choix était déjà un aveu de pression militaire extrême. Aujourd’hui, la perte de cette cité équivaut à une dislocation supplémentaire du dispositif sécuritaire congolais dans la région.
Le chef de la diplomatie burundaise a parlé d’une « gifle infligée à Washington », soulignant le contraste brutal entre la signature des accords censés garantir le cessez-le-feu et l’accélération des hostilités. Pour les partenaires régionaux, ce choc réactive la crainte d’un élargissement du conflit et d’une recomposition violente des équilibres frontaliers.
Dans ce contexte tendu, la médiation qatarie envisage un nouveau round de discussions entre Kinshasa et l’AFC/M23. Une initiative annoncée par le mouvement rebelle lui-même, signe que la dynamique militaire impose désormais son propre calendrier et teste la résilience des diplomaties engagées.
Écrit par Didier Bofatshi
Source : voltefaceinfos7.com

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