Uvira s’est réveillée entre deux silences : celui des rebelles partis et celui, plus incertain, des armes encore chaudes. Après le retrait de l’AFC-M23, les Wazalendo ont investi la ville comme on occupe un vide, ouvrant une séquence de transition où soulagement, désordre et attente d’État se superposent. Une reconquête en clair-obscur.
Le vide laissé par les armes fuyantes
Lorsque l’AFC-M23 s’est retirée, Uvira s’est retrouvée nue, exposée, suspendue à l’après. Dans ces interstices que la guerre creuse, le territoire appelle toujours une force pour le tenir. Les Wazalendo ont répondu à cet appel. Leur entrée, ponctuée de tirs en l’air, a sonné comme un signal : la ville n’était plus orpheline, mais pas encore stabilisée.
Dans la logique des conflits irréguliers, cette occupation préventive agit comme un bouchon stratégique. Elle empêche le retour immédiat des rebelles, rassure une partie de la population et prépare le terrain à l’armée régulière. En filigrane, l’État avance par délégation, reprenant pied avant de reprendre la main.
L’État en éclats, la souveraineté en fragments
Derrière l’image d’une libération, la réalité s’est fissurée. Pillages de bâtiments administratifs, circulation d’hommes armés en civil, responsabilité diluée. La violence, au lieu d’être canalisée, s’est parfois dispersée. Les FARDC, arrivées dans un second temps, ont tenté de reprendre le fil de l’ordre, mégaphones à la main, autorité en construction.
Uvira a ainsi offert le portrait classique d’une souveraineté fragmentée : l’État est là, mais encore morcelé, partagé entre forces régulières et alliés circonstanciels. La paix promise reste conditionnelle, suspendue à la capacité des institutions à transformer la présence armée en gouvernance effective.
Entre soulagement populaire et paix inachevée
Les voix de la ville racontent cette ambivalence. Pour certains, le départ du M23 est un poids levé, une respiration retrouvée. Pour d’autres, la comparaison dérange : hier le silence des armes, aujourd’hui leur crépitement. Tous, pourtant, convergent vers une même attente — celle d’une paix qui ne dépend plus des fusils.
Uvira n’est ni vaincue ni victorieuse. Elle est en transition. Et dans cette transition se joue l’essentiel : la capacité de l’État à transformer une reconquête tactique en stabilité durable. «La paix ne commence pas quand les armes changent de camp, mais quand l’autorité cesse d’avoir besoin d’elles pour se faire entendre».
RFI / VF7, via voltefaceinfos7.com