Uvira, la ville-fracture : quand l’Union africaine oppose la parole aux armes

Uvira est devenue un seuil. En exigeant le retrait « immédiat et total » de l’AFC/M23 de la ville et de toutes les zones occupées dans l’Est de la RDC, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine tente d’endiguer une guerre qui déborde. Une parole ferme, lancée dans un paysage miné par l’inertie diplomatique, la violence armée et l’épuisement des civils.

Uvira, le point de rupture

Uvira n’est pas une simple prise militaire. Elle est un message. Un signal envoyé aux capitales, aux chancelleries, aux médiateurs. Sa chute a aggravé la crise humanitaire et fait basculer le conflit vers un seuil régional plus instable. Comme le rappelle l’africaniste Gérard Prunier, « dans les Grands Lacs, la conquête d’une ville n’est jamais seulement militaire ; elle est toujours un acte politique ».
Face à cette escalade, le CPS condamne sans appel les pertes civiles, les déplacements massifs et les violations du droit international humanitaire, appelant à l’application intégrale de la résolution 2773 (2025) du Conseil de sécurité de l’ONU.

La norme face à la force

L’Union africaine exige le retrait de l’AFC/M23 sans désigner explicitement le Rwanda. Une diplomatie du non-dit, calculée, prudente. Pour Barry Buzan, théoricien de la sécurité régionale, « les complexes de sécurité régionaux fonctionnent sur des équilibres si fragiles que la dénonciation frontale peut aggraver la crise ».
L’UA brandit donc la norme : retrait vérifiable, cessez-le-feu durable, protection des civils, accès humanitaire. Elle condamne également l’activisme des ADF et des FDLR, rappelant que l’insécurité à l’Est est une hydre à plusieurs têtes.

Après l’injonction, l’épreuve du réel

Washington, Doha, communiqués conjoints, accords-cadres : la diplomatie s’accumule, mais le terrain résiste. « La politique internationale reste une lutte pour le pouvoir », écrivait Hans Morgenthau, et l’Est congolais en offre une illustration brutale.
Sans mise en œuvre effective, sans restauration de l’autorité de l’État, sans dialogue national inclusif, la déclaration du CPS risque de rester un signal plus qu’un tournant. Séverine Autesserre l’a souvent souligné : « les processus de paix échouent lorsqu’ils ignorent les dynamiques locales ».
À Uvira comme ailleurs, la paix ne se décrète pas. Comme l’écrivait Achille Mbembe, « elle se construit dans la durée, à l’intersection du politique, du social et du territorial ».

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