À Washington, Kigali répète l’accusation devenue refrain : la RDC collaborerait avec les groupes liés au génocide de 1994. Mais les rapports onusiens sont formels : la FDLR n’est plus la menace existentielle que le Rwanda brandit. Le spectre sert surtout à couvrir une présence militaire désormais documentée sur le sol congolais.
Le 3 décembre, la porte-parole rwandaise Yolande Makolo évoque une « collaboration » entre Kinshasa et les FDLR. Un discours toujours grave, mais de plus en plus mécanique. Le terme « FDLR » devient moins une réalité qu’un talisman diplomatique : un mot-bouclier qui convoque l’histoire pour esquiver le présent.
Les experts de l’ONU décrivent une FDLR affaiblie, fragmentée, sans capacité d’atteindre le Rwanda. Une menace réduite à l’échelle d’un prétexte. Pourtant, Kigali continue d’en faire l’axe central de son argumentaire, comme si le temps s’était figé au tournant des années 2000.
Les rapports onusiens établissent : soutien militaire rwandais au M23, présence de troupes rwandaises en RDC, exploitation illégale des minerais et pressions territoriales autour de Goma. La dissonance est totale : Kigali montre le spectre FDLR, l’ONU montre l’armée rwandaise.
Le génocide de 1994, tragédie immense, ne peut devenir un passe-partout permettant de justifier incursions, proxies armés et reconfigurations de facto des frontières. Une mémoire ne peut être instrumentalisée comme une stratégie.
La vérité est aujourd’hui incontournable : la FDLR n’est plus l’ennemi que Kigali prétend combattre, tandis que le Rwanda apparaît, selon les Nations unies, comme un acteur direct de l’instabilité à l’Est de la RDC. Le fantôme FDLR n’explique pas la guerre. Il en masque les ressorts. Et comme tout masque, il finira par tomber.
Didier BOFATSHI