Par Didier BOFATSHI ELEY
Kolwezi, 1978. Des parachutistes tombent du ciel pour sauver des vies, mais c’est un régime fragile qui est réellement secouru. Cinquante ans plus tard, la RDC se débat encore entre illusions de protection étrangère et nécessité de construire sa propre souveraineté. Dans un pays où les minerais chantent et les frontières bougent, la question demeure : comment réconcilier l’urgence de la guerre avec le rêve d’une armée nationale capable de protéger son peuple ?
Les fantômes du passé
Kolwezi fut un théâtre d’ombres : l’armée zaïroise spectatrice, les parachutistes occidentaux héros et sauveurs. Derrière le sauvetage affiché, c’était Mobutu que l’on stabilisait, dans un Zaïre riche mais vulnérable. L’histoire murmure que la souveraineté n’est pas donnée : elle se conquiert, et sans force nationale, elle reste un mirage suspendu au-dessus de la poussière et du cuivre.
L’illusion des sauveurs et la voix de Sesanga
Aujourd’hui, Washington et Kinshasa signent des accords, serrent des mains, échangent des paroles lisses. Delly Sesanga, lors d’un meeting à Kinshasa, a déclaré : « Cessons de compter sur les étrangers. Aucun Américain ne viendra ici se battre pour les Congolais. Organisons notre armée».
Lucide, Sesanga rappelle la vérité brute : la souveraineté ne se délègue pas. Mais sa position porte une contradiction : l’armée congolaise est encore fragmentée et défaillante. Refuser toute coopération extérieure tout en affrontant des conflits immédiats expose le pays à des risques immédiats. Le réalisme exige de reconnaître l’urgence, même quand la vision à long terme est juste.
L’armée des clochards et le souffle de la trahison
Le président Tshisekedi le dit lui-même : l’armée est un corps affaibli, fracturé, trahi par l’intérieur. Loyautés fragmentées, corruption endémique, collusions : la trahison est devenue un élément structurel de la nation. Face à cette réalité, construire une armée nationale solide n’est pas un choix politique, mais une exigence de survie, où se mêlent réalisme, marxisme et constructivisme : comprendre les forces matérielles, réformer les institutions, inventer de nouvelles pratiques de défense.
Une alternative conciliatrice émerge : combiner indépendance et coopération ciblée. La RDC peut continuer à s’affirmer comme souveraine tout en acceptant : un appui logistique et stratégique limité mais vital, la formation de ses forces, sans dépendance opérationnelle et la mise en place de conseils et observatoires de sécurité régionaux.
Ainsi, le pays refuse l’illusion du sauveur extérieur tout en affrontant les conflits immédiats. La souveraineté n’est pas un dogme fermé : elle se construit avec pragmatisme, alliances sélectives et discipline nationale. Kolwezi est un souvenir, Kinshasa une leçon : la nation se fait dans la sueur, le cuivre, le courage et l’intelligence stratégique.
Source : voltefaceinfos7.com