Tribune : « Entre les collines en feu et les salons diplomatiques : la RDC joue sa survie et son destin »

Il y a, ces jours-ci, comme une déchirure dans le temps congolais. À l’Est, la terre gronde sous les pas de ceux qui combattent. À l’Ouest, dans les couloirs lisses de Washington, la RDC s’apprête à signer un cadre économique régional présenté comme un jalon historique. Deux scènes qui semblent appartenir à des mondes opposés, et pourtant, qui racontent la même bataille : celle d’un pays décidé à ne plus subir, mais à reprendre sa parole, son espace, son avenir.
Alors que les FARDC, appuyées par les groupes d’autodéfense wazalendo, ont repris des positions à Fungura, frappé des sites rebelles à Bususu et tenu la ligne à Kinyumba, une question s’impose : que vaut une signature diplomatique si la terre elle-même n’est pas sécurisée ? Et inversement : que vaut une victoire militaire si l’économie demeure un champ de ruines ?
La RDC avance en boitant peut-être mais en avançant tout de même sur deux jambes : la force et la parole. L’une ne peut plus marcher sans l’autre.
La leçon réaliste : la paix ne se demande pas, elle se négocie avec un rapport de force
Les réalistes n’ont pas tort : dans une région où l’équilibre repose sur les puissances armées, la RDC se devait de réaffirmer sa capacité de résistance. Les opérations militaires de ces derniers jours envoient un signal clair : aucune intégration régionale ne se fera sous menace. Tshisekedi l’a rappelé : « L’intégration régionale ne prendra pas en compte le Rwanda tant qu’il sera présent en RDC». C’est là une affirmation de souveraineté, peut-être rude, mais indispensable. Et qui, dans ce contexte, sonne comme une vérité géopolitique incontournable.
L’idéaliste, lui, voit dans Washington une fissure de lumière
Car il faut aussi entendre ce que propose la diplomatie : une interdépendance économique qui, bien que fragile, pourrait entamer le cercle infernal des rivalités armées. Un cadre régional n’est pas seulement un accord : c’est une utopie pragmatique, un pari sur un futur où le commerce et les infrastructures tisseraient des liens plus durables que les alliances militaires. L’idéaliste nous rappelle que la paix peut surgir non des armes, mais de l’échange, de la croissance partagée, de l’intérêt mutuel.
Le constructiviste observe une bataille de récits autant que de positions
Car au-delà des collines et des fossés, il y a des narrations qui s’affrontent. La RDC tente de reconstruire son identité régionale, de reformuler son rôle, de définir qui est partenaire et qui est agresseur. Les wazalendo, longtemps perçus comme des acteurs irréguliers, deviennent partie intégrante d’un récit de résistance nationale. Washington n’est plus seulement un espace diplomatique : c’est désormais le théâtre où s’écrit une nouvelle grammaire politique congolaise. Les guerres ne se gagnent pas uniquement sur les lignes de front : elles se gagnent aussi dans la manière d’expliquer le monde.

Ce que ces fronts parallèles disent du Congo d’aujourd’hui
La RDC se tient à un carrefour rare. La guerre la rattrape, mais l’économie l’appelle. La diplomatie la pousse vers l’avenir, mais l’agression la tire vers le passé. Pourtant, il y a quelque chose d’inédit dans la simultanéité des événements : L’armée combat. Le gouvernement négocie. Le récit national se reconstruit. Ce pays, souvent accusé de subir le cours de l’Histoire, commence peut-être à l’écrire.
Le destin n’attend pas
Pour que la signature de Washington ne devienne pas un simple exercice de style, elle doit s’ancrer dans une réalité sécurisée. Pour que les victoires militaires ne se dissolvent pas dans le sable, elles doivent s’accompagner d’une vision économique durable. Le Congo n’a pas seulement besoin d’arrêter la guerre. Il a besoin de se donner un horizon.
Et peut-être qu’en ce jeudi, entre les crépitements de Ruzizi et les discussions feutrées de Washington, ce pays aura esquissé, fragilement mais résolument, son prochain chapitre.
Didier BOFATSHI

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