Sous les bombardements américains et israéliens et les ripostes militaires iraniennes dans le Golfe, Téhéran se
transforme en ville fantôme. Près de la moitié de ses habitants ont fui la capitale, tandis que le régime renforce la répression contre toute tentative de contestation intérieure.
Au douzième jour de la guerre opposant l’Iran à ses adversaires régionaux et occidentaux, Téhéran offre le visage d’une métropole désertée. Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, près de quatre millions d’habitants ont quitté la capitale iranienne pour se réfugier dans des villes de province ou dans les régions proches de la mer Caspienne. Dans les rues de cette mégapole habituellement bouillonnante, les commerces restent fermés, les artères sont presque vides et seuls quelques magasins d’alimentation et boulangeries continuent d’ouvrir leurs portes.
Cette fuite massive intervient alors que les frappes américaines et israéliennes ciblent de plus en plus des installations stratégiques et certains quartiers résidentiels de la capitale iranienne.
La capitale qui se vide
La guerre transforme Téhéran en ville suspendue. Les stations-service rationnent désormais le carburant, limité à quelques litres par passage, conséquence des frappes ayant détruit deux dépôts pétroliers. Les habitants restés sur place tentent de s’organiser dans un quotidien devenu précaire. Le sociologue Zygmunt Bauman rappelait que « la peur est souvent la force la plus efficace pour déplacer les sociétés ». À Téhéran, cette peur a déjà vidé une partie de la ville.
Le pouvoir qui serre l’étau
Face à l’appel du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et du président américain Donald Trump exhortant les Iraniens à descendre dans la rue, les autorités iraniennes ont choisi la ligne dure. Le chef de la police nationale a averti que toute manifestation serait considérée comme une collaboration avec l’ennemi.
Plusieurs dizaines de personnes ont déjà été arrêtées pour avoir transmis des images de frappes à des médias étrangers.
La philosophe Hannah Arendt écrivait que « les régimes menacés ont tendance à substituer la peur à la persuasion ».
La guerre jusque dans l’air
Les bombardements d’installations pétrolières ont également ouvert un nouveau front : celui de la catastrophe environnementale. Des incendies massifs ont libéré des fumées toxiques au-dessus de la capitale, tandis que des habitants décrivent un air devenu irrespirable et une étrange « pluie noire ».
Selon le chercheur Pierre Faure-Catteloin, ces combustions produisent des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des composés hautement cancérigènes susceptibles de contaminer les sols et les nappes phréatiques pendant des années.
La diaspora dans le viseur
Le régime iranien a également annoncé la confiscation des biens de certains membres de la diaspora accusés d’avoir soutenu les bombardements occidentaux. Un site baptisé « Comité Vengeance » publie déjà les identités de manifestants identifiés à l’étranger. Le politologue Samuel Huntington observait que les périodes de guerre tendent à resserrer les régimes autour de la sécurité intérieure, souvent au détriment des libertés.
À Téhéran, la guerre ne se joue plus seulement sur les champs de bataille : elle redessine la ville, fracture la société et transforme la peur en instrument politique. Car, comme l’écrivait George Orwell, « dans les temps de guerre, la vérité devient souvent la première victime ». Et lorsque les villes se vident, ce sont parfois les silences qui parlent le plus fort.
RFI / VF7, via voltefaceinfos7.com