Sud-Kivu : l’empire invisible de l’or du chaos autopsie d’une souveraineté dévorée

Au Sud-Kivu, l’AFC/M23 impose sa loi économique depuis mi-février 2025, générant jusqu’à 17 millions de dollars mensuels, selon les autorités provinciales, dans les territoires occupés autour de Bukavu. Ces fonds, affirme le gouverneur, seraient transférés vers le Rwanda. Résultat : 84 % des recettes publiques envolées, des infrastructures détruites, et un État congolais relégué à la périphérie de sa propre souveraineté.

Quand la guerre enfante un État fantôme

Dans l’ombre des armes, une architecture invisible se dresse : fiscalité, contrôle, administration. L’AFC/M23 ne combat plus seulement, il gouverne. Comme l’écrivait Charles Tilly : « La guerre fait l’État. » Ici, elle en façonne un autre clandestin, parallèle, redoutablement efficace.

Le nerf du conflit : dollars, minerais et silence

Derrière les discours, une vérité brute : la guerre rapporte. Paul Collier le rappelait : « Les rébellions prospèrent là où l’économie le permet. » Les 17 millions mensuels deviennent plus qu’un chiffre une mécanique. Le conflit cesse d’être accident, il devient système.

L’État évaporé, la souveraineté en lambeaux

Perdre 84 % des recettes, c’est perdre la colonne vertébrale. Max Weber définissait l’État par son monopole. Ici, il s’effrite. Taxer, c’est régner : et celui qui perçoit l’impôt redessine la carte du pouvoir.

Récits en guerre, vérités fragmentées

Au-delà des balles, les mots s’affrontent. Accusations, légitimité, narration. Alexander Wendt le suggérait : « La réalité internationale est ce que les acteurs en font. » Ainsi, chaque camp écrit sa vérité, cherchant à imposer sa souveraineté par le récit.

Ce qui se joue au Sud-Kivu dépasse la guerre : c’est une lutte pour définir qui gouverne, qui prélève, qui raconte. Une souveraineté disputée jusque dans ses fondements invisibles. « Là où l’argent circule, le pouvoir s’installe. » Et dans le fracas feutré de cette économie de guerre, résonne l’avertissement de Hans Morgenthau : « La politique internationale est une lutte pour le pouvoir », ici, une lutte où l’État vacille, et où l’ombre apprend à régner.

Didier BOFATSHI / VF7, voltefaceinfos7.com

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