Le secrétaire général ad intérim de l’UDPS/Tshisekedi, Augustin Kabuya, a récemment réaffirmé le rôle central des services de sécurité dans la protection de l’État lors d’une communication au siège du parti à Kinshasa. Ses déclarations, à la fois fermes et controversées, soulignent une tension persistante entre stabilité étatique et libertés individuelles.
Kabuya a remis en cause la légitimité des critiques adressées aux forces de sécurité, déclarant : « Celui qui complote contre le régime, on ne doit rien lui demander. Parce que vous, vous êtes qui ? » Selon lui, les interpellations s’inscrivent dans la logique de protection des institutions et ne sont pas arbitraires, renforcées par des outils techniques permettant de vérifier les communications des personnes ciblées.
Du point de vue des relations internationales, cette posture s’inscrit dans la logique de ce qu’Hedley Bull, théoricien des relations internationales, appelait la « sécurité collective interne » : l’État considère certaines menaces comme existentielles et justifie des mesures exceptionnelles pour les neutraliser. De même, Robert Dahl souligne que la souveraineté implique que l’État détienne un monopole légitime de la violence pour protéger l’ordre politique. Kabuya semble s’inscrire dans cette vision : la fermeté des services n’est pas seulement une question de contrôle, mais de survie institutionnelle.
Cependant, les critiques abondent. L’affirmation selon laquelle les personnes interpellées ne contestent pas leur arrestation pourrait masquer des pressions implicites ou l’absence de recours effectif. Hannah Arendt, dans ses analyses sur le totalitarisme, avertissait que l’absence de questionnement légal peut devenir un outil de domination masquée : « La peur de l’État neutralise l’opinion publique et transforme le citoyen en sujet passif. »
Ainsi, derrière les propos de Kabuya se cache une signification double : d’un côté, une défense de l’efficacité et de la modernisation des services de sécurité ; de l’autre, une normalisation implicite de pratiques qui peuvent limiter la liberté et la transparence. Comme le rappelle Susan Strange, spécialiste en relations internationales économiques et politiques, « le pouvoir moderne se mesure autant par la capacité à protéger qu’à contrôler » et cette double capacité est ici mise en avant par la rhétorique de Kabuya.
En résumé, les déclarations du secrétaire général de l’UDPS révèlent un équilibre précaire entre légitimité et autoritarisme, entre l’affirmation d’une souveraineté forte et le risque d’érosion des droits civils. La lecture de ces propos, loin de se limiter à une simple défense des services de sécurité, éclaire la manière dont l’État congolais articule sécurité, technologie et pouvoir politique, et questionne la frontière entre protection légitime et excès de contrôle.
Yabiso News / VF7, via voltefaceinfos7.com