À quelques jours de l’élection du gouverneur du Sankuru, une parole a fissuré le silence. Celle d’Emery Okundji, opposant politique, qui dresse un réquisitoire sévère contre une gouvernance qu’il juge « désastreuse ». Plus qu’une critique, son discours agit comme un miroir tendu à une province longtemps condamnée à l’attente. Derrière les mots, c’est une bataille pour le sens, la mémoire et l’avenir qui se joue.
Le passé comme champ de ruines
Okundji peint le Sankuru en territoire abandonné : administration somnolente, népotisme enraciné, fonds publics évaporés. Une province riche de potentialités, mais pauvre en décisions. Comme le disait Max Weber, « le pouvoir, c’est la capacité d’imposer une vision du monde » : ici, l’ancien ordre est décrit comme moralement disqualifié.
La mémoire en étendard
Lumumba est invoqué, non comme une statue, mais comme une dette. Le berceau du héros national devient une métonymie de la promesse trahie. Frantz Fanon l’écrivait : « Chaque génération doit découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. » Le Sankuru est sommé de choisir.
La rupture comme arme politique
Le discours ne propose pas encore une architecture de solutions. Il propose mieux ou pire : une rupture radicale. Hans Morgenthau rappelait que « la politique est une lutte pour le pouvoir ». Ici, le combat se mène par le récit, non par le programme.
L’entre-deux du possible
Mais l’indignation ne gouverne pas. Francis Fukuyama avertissait : « Le développement dépend de la solidité des institutions. » La colère peut ouvrir la porte, pas bâtir la maison. Le Sankuru est à la croisée des chemins : entre rejet du passé et vertige de l’avenir. Comme l’écrivait Antonio Gramsci, « l’ancien meurt, le nouveau tarde à naître ». La question n’est plus de savoir qui accuse, mais qui saura construire et durer.