Rutshuru : Fusils kidnappent les maîtres du savoir

L’angoisse gagne les routes poussiéreuses du territoire de Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu. Cinq enseignants et responsables scolaires ont été enlevés par des hommes armés dans le groupement Busanza, au terme de deux attaques distinctes survenues mercredi. Une nouvelle onde de choc dans une région où l’insécurité transforme peu à peu les chemins de l’école en corridors de peur.

Selon des sources administratives locales, les victimes ont été interceptées sur deux axes routiers stratégiques alors qu’elles circulaient entre villages pour leurs activités professionnelles. Les ravisseurs, dont l’identité demeure inconnue, auraient également emporté un conducteur de taxi qui transportait l’une des victimes.

Quand la craie tombe sous les fusils

Le premier enlèvement s’est produit sur l’axe Kinyandonyi–Rugarama, à Mutego. Deux agents du secteur éducatif ont été interceptés alors qu’ils revenaient de Kiwanja : un enseignant de l’École primaire 2 Rugarama et un directeur adjoint d’un établissement scolaire local. Leur taximan a lui aussi été emmené par les assaillants.

Quelques heures plus tard, un second rapt a frappé l’axe Kitagoma-Kidandari. Trois autres éducateurs un directeur d’école et deux enseignants ont été capturés par des hommes armés non identifiés.

Le philosophe Paulo Freire écrivait : « L’éducation est un acte de liberté. » Dans certaines régions du monde, elle devient pourtant un acte de courage.

Busanza, territoire sous ombre armée

Ces enlèvements surviennent dans un climat de dégradation sécuritaire persistante dans le groupement Busanza, zone rurale située près de la frontière avec l’Ouganda. Les habitants signalent depuis plusieurs mois des incursions répétées d’hommes armés, souvent suivies d’enlèvements contre rançon.

Selon le sociologue Michel Wieviorka : « La violence prospère là où l’État se retire ou peine à s’imposer. » Dans plusieurs villages de Rutshuru, ce constat prend une dimension tragiquement concrète.

L’école dans la ligne de mire

L’enlèvement d’enseignants n’est pas anodin. Il touche au cœur même du tissu social : l’éducation, pilier fragile mais essentiel des communautés rurales.

Dans des régions marquées par les conflits, l’école devient souvent l’un des derniers remparts contre la désagrégation sociale. Lorsqu’elle est attaquée, c’est l’avenir collectif qui vacille.

La peur comme quotidien

Face à cette nouvelle série d’enlèvements, la population appelle les autorités à renforcer la présence sécuritaire dans cette zone frontalière. Les habitants redoutent que l’absence de protection ne transforme les villages en terrains libres pour les groupes criminels.

Car, comme le rappelait l’écrivain Albert Camus : « La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent. » À Rutshuru, protéger les enseignants aujourd’hui pourrait bien être la condition pour préserver l’avenir d’une génération entière.

Didier BOFATSHI / via voltefaceinfos7.com

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