RDC : Trois voix de l’Église, une paix toujours différée

Kinshasa. À la faveur de Noël, l’Église catholique en République démocratique du Congo a livré une lecture plurielle de la crise sécuritaire et politique qui mine le pays. Trois prises de parole majeures celles du cardinal Fridolin Ambongo, de la CENCO et de son président, Mgr Fulgence Muteba dessinent une même quête : la paix. Mais selon des registres distincts, révélant autant de forces que de limites. Morale, sécuritaire, économique : la guerre congolaise est disséquée par strates, sans qu’une synthèse totale ne s’impose encore.
La paix comme horizon moral : Ambongo et la force du symbole
Dans la nuit de Noël, le cardinal Fridolin Ambongo a parlé à la nation comme à une conscience collective. Son appel à « choisir la paix » se déploie dans un langage de foi, de lumière et d’espérance. En refusant de désigner des responsables précis, le prélat privilégie l’unité et l’apaisement. Mais cette hauteur morale, si rassembleuse soit-elle, porte une limite : celle d’un discours qui élève sans contraindre, et qui peut être accueilli voire récupéré par tous, y compris par les acteurs de la violence.
Déposer les armes : la CENCO face à l’urgence sécuritaire
Plus institutionnelle, la CENCO a franchi un pas supplémentaire en interpellant directement les groupes armés, locaux et étrangers. Elle inscrit son message dans la réalité crue des morts, des déplacés et des territoires occupés. Toutefois, en centrant l’appel sur le renoncement à la lutte armée, elle laisse en arrière-plan les ressorts économiques et géopolitiques qui entretiennent durablement la guerre, au risque de réduire celle-ci à un simple choix moral.
La guerre sans fusils : Muteba et l’angle mort des responsabilités locales
À Lubumbashi, Mgr Fulgence Muteba a déplacé le champ de bataille. Sa charge vise les accords miniers, les puissances étrangères et une diplomatie qu’il juge prédatrice. Il révèle une violence plus silencieuse : celle des contrats qui hypothèquent l’avenir. Mais ce discours, puissant dans sa critique du système mondial, présente aussi une limite notable : la responsabilité directe des groupes armés et des acteurs locaux y apparaît en filigrane, parfois diluée, comme si la guerre n’était qu’un produit importé.
Ces trois voix, loin de se contredire, exposent les fragments d’une même vérité. Tant que la paix ne sera pensée ni comme exigence morale, ni comme urgence sécuritaire, ni comme justice économique à la fois, elle restera en RDC un mot proclamé rarement incarné.
Didier BOFATSHI

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