
À la clôture de la 13ᵉ Conférence des gouverneurs, le président a placé l’agriculture au cœur d’une refondation institutionnelle de la RDC, appelant à structurer les chaînes de valeur, sécuriser le foncier et renforcer la coordination entre État et provinces dans un secteur encore fragmenté et vulnérable aux déséquilibres structurels.
Terre capturée
La réforme foncière apparaît comme l’axe invisible du discours. Derrière les annonces, se joue la volonté de transformer la terre en actif lisible et sécurisé, condition préalable à l’investissement. Comme l’écrit Douglass North, « les institutions définissent les règles du jeu économique », rappelant que sans stabilité foncière, aucune croissance n’est durable.
Coopératives-forge
Les coopératives sont mobilisées comme instruments de mise en ordre du réel agricole. Elles transforment la dispersion paysanne en organisation productive. Dans la perspective de Karl Polanyi, l’économie ne se comprend qu’« encastrée » dans le social : ici, l’État tente de refabriquer cet encastrement pour stabiliser les échanges et structurer les filières.
État-architecte
L’intervention traduit une montée en puissance de l’État comme architecte économique. Non plus simple arbitre, il devient coordinateur des flux agricoles et financiers. Achille Mbembe rappelle que la postcolonie est traversée par des souverainetés imbriquées : d’où l’enjeu de recentraliser la décision pour réduire les zones d’incertitude.
Finance sous tension
La dimension financière révèle une crise de conversion des ressources en impact réel. Joseph Stiglitz souligne que les défaillances ne viennent pas seulement des montants, mais de l’architecture institutionnelle qui les organise. L’appel à un mécanisme centralisé vise ainsi à restaurer la cohérence de l’action publique.
Ainsi, l’agriculture devient le laboratoire d’une refondation de l’État congolais, entre promesse de rationalisation et risque de simplification excessive des réalités rurales. Comme le rappelle James C. Scott, « voir comme un État » peut produire autant d’ordre que de cécité. L’enjeu final demeure : transformer sans effacer les complexités vivantes du territoire, désormais en tension.
Didier BOFATSHI / voltefaceinfos7.com