RDC : L’université bascule, les données prennent le pouvoir

À Kinshasa, mardi 31 mars 2026, lors du lancement officiel du portail numérique de l’enseignement supérieur, quelque chose d’irréversible s’enclenche. En République Démocratique du Congo, ce geste dépasse la technique : il consacre une translation du pouvoir. « Ce n’est pas un moment protocolaire, mais une rupture historique », affirme la ministre Marie-Thérèse Sombo, revendiquant une refondation de la gouvernance universitaire. Digitalisation assumée, reconnaissance aux partenaires internationaux, adhésion aux dynamiques globales : le cap est fixé.

L’œil invisible

Dans l’ombre des serveurs, une nouvelle autorité se dessine. L’université devient lisible, traçable, calculable. Comme l’écrivait Michel Foucault, « le pouvoir s’exerce moins par la force que par la surveillance ». Le portail concentre l’information, capte les trajectoires, impose une discipline diffuse. Ce qui était fragmenté devient centralisé.

Le moule mondial

L’hommage rendu aux partenaires extérieurs révèle une autre dynamique : celle d’un savoir qui s’aligne. Pierre Bourdieu rappelait que « l’école est un instrument de reproduction ». L’adhésion aux initiatives internationales ouvre des perspectives, mais suggère aussi une dépendance structurelle.

Les marges obscures

La ministre évoque les fractures persistantes : faible connectivité, accès inégal aux ressources. Amartya Sen insistait : « le développement, c’est l’expansion des libertés ». Sans accès réel, la promesse numérique peut accentuer les écarts entre centres urbains et périphéries.

Le règne des flux

Derrière la réforme, une ambition : gouverner par la donnée. Manuel Castells l’énonçait : « le pouvoir réside dans le contrôle des flux d’information ». L’État capte et structure ces flux, accélérant la décision publique.

La « rupture » ouvre une ère d’efficacité et de contrôle, mais interroge la finalité du savoir. Max Weber avertissait : « la rationalisation organise le monde, mais peut aussi l’enfermer ». Dans cette université devenue système, résonne l’avertissement d’Edgar Morin : « toute connaissance comporte un risque d’aveuglement ». Et si, dans la lumière des données, se dessinait déjà l’ombre du futur ?

Didier BOFATSHI

ACP / VF7, voltefaceinfos7.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *