Dans la solennité d’un culte dominical à la Cathédrale du Centenaire, l’Église du Christ au Congo a élevé la voix. Face à l’ampleur de la crise humanitaire qui ravage l’est de la République démocratique du Congo, la grande
confession protestante du pays a lancé un appel pressant à la solidarité nationale et internationale pour venir en aide aux millions de déplacés internes.
L’alerte a été formulée lors de la clôture de la 65ᵉ session ordinaire du comité exécutif national de l’Église. Derrière les mots prononcés à Kinshasa se dessine une réalité brutale : des villes occupées, des populations déracinées et une crise humanitaire qui ne cesse de s’étendre.
L’Est saigne, la nation prie
Dans sa déclaration finale, lue par le révérend Dominique Mukanya, rapporteur du Synode national, l’Église protestante a dressé un constat alarmant. L’occupation de Goma et Bukavu par les forces de l’AFC-M23, soutenues selon elle par l’Rwanda, nourrit une instabilité persistante dans la région.
« Nous lançons un vibrant appel à tous les hommes et femmes de bonne foi pour activer des mécanismes de solidarité en faveur des populations déplacées », a déclaré Dominique Mukanya. Dans l’est du pays, les villages désertés et les camps improvisés témoignent d’un drame humain qui dépasse les lignes du front.
La mosaïque des violences
Au-delà du conflit armé principal, d’autres groupes continuent d’alimenter la spirale de la violence : les rebelles de l’ADF-Nalu, les milices de la Codeco dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, ou encore les milices Mobondo dans le Kwilu, le Kwango et le Maï-Ndombe. Cette constellation de violences a provoqué un déplacement massif estimé à plus de 6,5 millions de personnes, aggravant une crise humanitaire déjà critique. Comme le rappelait l’humaniste Albert Schweitzer : « La tragédie du monde n’est pas la souffrance, mais l’indifférence face à la souffrance. »
Kinshasa, capitale sous tension
La crise ne se limite plus aux zones de guerre. À Kinshasa, le banditisme urbain alimente également l’inquiétude des habitants, rappelant que l’insécurité s’étend désormais des périphéries rurales aux grands centres urbains. L’Église appelle ainsi les autorités à renforcer la cohésion sociale, condition essentielle à la stabilité nationale.
La paix comme horizon spirituel
Au-delà de l’urgence humanitaire, l’Église protestante réitère son plaidoyer pour un dialogue national et encourage le président Félix Tshisekedi à poursuivre ses efforts diplomatiques pour la paix, notamment dans le cadre des initiatives internationales engagées dans la région des Grands Lacs.
Évoquant l’anniversaire de l’unité organique de l’Église, son président national a insisté sur l’idéal d’« une unité dans la diversité », mise à l’épreuve par les fractures tribales, politiques et sociales.
Dans une République meurtrie par les conflits et les déplacements massifs, l’appel de l’Église protestante résonne comme une cloche d’alarme morale. Au-delà de l’aide humanitaire, c’est une conscience collective que l’institution religieuse tente d’éveiller.
Comme l’écrivait le théologien Martin Luther King Jr. : « L’injustice où qu’elle se produise est une menace pour la justice partout. » Et dans les prières élevées à Kinshasa comme dans les camps de déplacés de l’est, une même espérance persiste : celle de voir renaître un jour la paix, la dignité et la fraternité sur la terre congolaise.
ACP / VF7, via voltefaceinfos7.com