À l’approche des prochaines élections, une tribune d’Adolphe Muzito agit comme un miroir tendu au pouvoir. Entre données macroéconomiques, choix sécuritaires et projections ambitieuses, l’ancien Premier ministre décrit un président Félix Tshisekedi solidement installé sur un socle politique qu’il qualifie de « matelas sûr ». Analyse d’un texte qui mêle diagnostic technocratique et lecture stratégique du rapport de forces.
Un socle budgétaire devenu argument politique
Les chiffres claquent comme des jalons posés sur la route du pouvoir. En cinq ans, le budget de l’État congolais est passé de 3,5 à 10,5 milliards de dollars. Les réserves de change ont été multipliées par cinq. La croissance, malgré la guerre à l’Est, s’est maintenue autour de 5 %. Pour Adolphe Muzito, ces données ne sont pas de simples indicateurs comptables : elles forment une armature politique.
Le bilan économique devient ainsi un langage électoral, un récit de stabilité opposé à l’incertitude. Derrière les tableaux macroéconomiques, le pouvoir construit une légitimité chiffrée, traduisant la gestion en capital politique.
Social et sécurité : les deux piliers du récit présidentiel
Gratuité de l’enseignement, couverture santé universelle, infrastructures routières, relance ferroviaire : les politiques sociales sont présentées comme des filets jetés sur la société. Elles rassurent, fidélisent, ancrent.
Sur le front sécuritaire, Muzito plaide pour une équation sans illusion : diplomatie et défense doivent marcher ensemble. Les accords de paix ne sauraient suffire sans un renforcement de l’armée. La proposition d’un mur entre la RDC et le Rwanda, hautement symbolique, s’inscrit dans cette logique de protection territoriale, entre posture dissuasive et appel à la souveraineté.
Un avenir ambitieux, entre promesse et zones d’ombre
L’horizon dessiné est vaste : un budget doublé d’ici 2028, un PIB projeté à 145 milliards de dollars, un État structuré autour du triptyque sécurité–social–infrastructures. Mais sous l’élan lyrique des projections persistent des ombres : insécurité chronique, dépendance aux matières premières, fragilité institutionnelle.
C’est là que réside le cœur de la métaphore du « matelas sûr » : un pouvoir amorti par ses acquis, protégé par ses chiffres, mais toujours exposé aux secousses du réel.
Didier BOFATSHI