
À l’ombre des collines meurtries de Goma et sur la route déchirée de Sake, la République Démocratique du Congo vacille entre fracas des armes et vacarme des ambitions. L’appel au dialogue inclusif, porté par Moïse Katumbi et Martin Fayulu, surgit comme une promesse fragile dans un pays où la paix semble toujours différée. « Nous dépensons beaucoup d’argent dans des futilités… et la population continue à souffrir. La seule solution… c’est d’aller à un dialogue inclusif », martèle Katumbi, dressant un réquisitoire sévère contre la gouvernance actuelle.
Le masque du consensus
Sous les mots apaisants, une lutte sourde s’organise. Le dialogue n’est pas une simple table de négociation : c’est une arène où se disputent légitimité et survie politique. L’opposition y voit une réparation d’un ordre électoral contesté ; le pouvoir de Félix Tshisekedi, lui, en redoute les secousses. Comme l’écrivait Max Weber : « La légitimité est le socle invisible de toute autorité. » Or, en RDC, ce socle semble fissuré, disputé, instrumentalisé.
L’Est, braise convoitée
Mais réduire la guerre à l’Est à une conséquence des élections chaotiques relève d’un raccourci trompeur. Derrière les lignes de front où opère le M23, se dessine une économie de prédation, alimentée par des intérêts multiples, souvent transnationaux. Pape François avait lancé un avertissement d’une rare clarté : « Retirez vos mains de la RDC… elle n’est pas une mine à piller. » Cette parole dévoile une réalité plus profonde : la guerre est aussi celle des ressources, où les armes servent de prolongement à des appétits économiques.
Les accords fantômes
L’histoire récente contredit également la lecture strictement électorale. Après 2018, certains membres du M23 avaient tenté d’obtenir l’application des accords de 2013 héritiers de ceux de 2009 conclus sous Joseph Kabila avec le CNDP et le M23. Face à l’impasse, la rébellion a repris. Dans cette perspective, Louise Mushikiwabo posait une question incisive : « Qu’est-ce qui empêcherait Kinshasa d’appliquer ces accords ? » Une interrogation qui renvoie à la continuité de l’État plus qu’à la seule conjoncture électorale.
Les autels du compromis
Face à l’embrasement, la CENCO et l’ECC tentent d’ériger des passerelles. Mais le dialogue, pris dans l’étau des intérêts économiques, des héritages politiques et des rivalités régionales, vacille. Il devient à la fois espoir et illusion, promesse et stratégie.
Au fond, le drame congolais déborde les urnes : il plonge dans les profondeurs d’un système où se mêlent pouvoir, ressources et influences extérieures. Comme le rappelait Hannah Arendt : « Là où la violence règne, le pouvoir est en péril. »
Alors, le dialogue pourra-t-il apaiser un feu attisé par tant de convoitises ? Car, pour reprendre Antonio Gramsci, « le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître » et dans cet entre-deux incandescent, la richesse du Congo semble encore nourrir ses propres tourments.
Didier BOFATSHI / voltefaceinfos7.com