À Kinshasa, le débat constitutionnel enfle, mais l’essentiel se dérobe. Tandis que l’idée d’une révision s’invite dans l’arène politique, Institut Ebuteli renverse la perspective : le problème ne serait pas le texte, mais son usage. Vingt ans après son adoption, la Constitution congolaise vacille moins sous ses mots que sous les pratiques qui la contournent. Entre 2021 et 2025, sur 458 mécanismes de contrôle parlementaire déposés, seuls 22 ont été examinés. Le chiffre claque, sec, révélateur.
Texte intact, pouvoir sculpté
La Constitution tient, mais elle est redessinée dans l’ombre. Selon Institut Ebuteli, « les fragilités tiennent moins au texte qu’à la pratique du pouvoir ». Le droit existe, mais il est infléchi, contourné, parfois vidé de sa substance. Une architecture solide, habitée par des usages mouvants.
Parlement en veille
Le contrôle parlementaire s’efface derrière la discipline politique. Majorité présidentielle et parlementaire se confondent, transformant l’Assemblée en relais plutôt qu’en rempart. Comme l’analysait Montesquieu : « pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que le pouvoir arrête le pouvoir ». Ici, l’équilibre s’érode.
Présidence dilatée
Dans ce déséquilibre, la figure présidentielle s’étend. Le régime glisse vers une présidentialisation de fait, où l’exécutif concentre l’impulsion politique. Le gouvernement s’efface, les contrepoids s’amenuisent. Une verticalité qui rassure par sa clarté, mais inquiète par son excès.
Décentralisation fantôme
Au-delà des institutions centrales, la périphérie peine à exister. La décentralisation reste inachevée, l’indépendance judiciaire sous tension. L’État de droit devient une promesse partielle, appliquée par fragments, suspendue à la volonté politique.
Dans ce paysage, la question n’est plus de réécrire la Constitution, mais de la faire vivre. Réformer sans appliquer serait déplacer le problème sans le résoudre. Comme le suggérait Jean-Jacques Rousseau : « les lois sont toujours utiles à ceux qui possèdent et nuisibles à ceux qui n’ont rien » à moins qu’elles ne soient effectivement respectées.
Et dans ce théâtre institutionnel, une vérité persiste, implacable : ce ne sont pas les textes qui font les régimes, mais les hommes qui les incarnent. Une leçon que Alexis de Tocqueville résumait déjà : « la force des institutions dépend moins de leur forme que de l’esprit qui les anime ».
RFI / VF7, voltefaceinfos7.com