RDC : Kabund sonne l’heure d’un dialogue sous tension

À Kinshasa, la parole s’est faite plus dense. Invité de Radio France Internationale, Jean-Marc Kabund, ancien pilier de l’Union pour la démocratie et le progrès social devenu opposant, appelle à un dialogue national « inclusif ». Face au journaliste Patient Ligodi, l’ex-proche de Félix Tshisekedi estime que « le pouvoir doit avant tout décrisper l’espace politique ». La formule claque. Elle vise un climat qu’il juge verrouillé, mais qu’il invite à apaiser sans rupture.

De l’allié au dissident

Ancien vice-président de l’Assemblée nationale, figure centrale de la majorité, Kabund a rompu avec le pouvoir avant d’être condamné puis libéré de la prison centrale de Makala. Sa trajectoire incarne les convulsions d’un système politique où les fidélités se recomposent. « La politique est l’art du possible », rappelait Otto von Bismarck. En RDC, le possible semble désormais passer par la table des négociations plutôt que par l’affrontement verbal.

Décrisper pour respirer

« Le dialogue n’est pas une fin, mais un moyen », écrivait Jürgen Habermas, théoricien de l’espace public. L’appel de Kabund s’inscrit dans cette logique : restaurer la confiance avant d’envisager des compromis. Décrisper, c’est rouvrir les canaux institutionnels, sécuriser les libertés politiques, garantir un jeu pluraliste. Mais décrisper suppose aussi que l’opposition nuance son propre discours et accepte la logique de co-construction.

Le risque du dialogue-slogan

L’histoire congolaise a connu plusieurs séquences de concertation nationale. « La paix ne se décrète pas, elle se construit », avertissait Nelson Mandela. Un dialogue sans garanties procédurales agenda clair, médiation crédible, inclusivité réelle peut se dissoudre en symbole. La décrispation ne saurait être cosmétique.

L’épreuve de la confiance

Au fond, la question est moins celle d’un forum que celle d’un climat. « Le pouvoir existe tant que les hommes agissent ensemble », écrivait Hannah Arendt. En RDC, agir ensemble implique d’admettre la conflictualité sans la criminaliser, de reconnaître l’adversaire sans l’ériger en ennemi.

L’appel de Kabund ouvre une fenêtre, étroite mais réelle. Reste à savoir si elle donnera sur un véritable chantier national ou sur un simple balcon d’allocutions. Comme le notait Kofi Annan, « le dialogue est la seule arme qui n’humilie pas ». Encore faut-il accepter de la saisir.

Didier BOFATSHI / voltefaceinfos7.com

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