Depuis plus de deux décennies, la République démocratique du Congo s’enlise dans une mécanique bien huilée : dialoguer pour survivre politiquement, négocier pour différer la crise, partager le pouvoir pour acheter un calme provisoire. Pendant ce temps, l’Est brûle et la souveraineté nationale se délite sous le poids des compromis successifs.
Quand la nation est agressée, le dialogue devient un refuge
L’agression étrangère sur le sol congolais n’est plus un soupçon, encore moins un tabou. Elle est désormais reconnue. Et pourtant, au lieu de convoquer l’esprit de résistance inscrit dans l’article 63 de la Constitution ce devoir sacré de défendre l’intégrité territoriale le discours politique dominant s’abrite derrière l’appel au dialogue national. La République, au lieu de se lever, s’assoit. La souveraineté, au lieu de se défendre, se négocie.
Sun City, CNDP, M23 : la mémoire courte d’un pays blessé
De Sun City en 2002, matrice du partage du pouvoir, à l’intégration du CNDP entre 2006 et 2009, des négociations de Kampala avec le M23 en 2012-2013 aux concertations nationales de 2013, le scénario est identique. Chaque crise accouche d’un dialogue. Chaque dialogue recycle des élites, légitime la violence et prépare la crise suivante. Les accords changent de noms, la tragédie reste la même.
Dialoguer pour gouverner, combattre pour exister
Les dialogues de 2016, à la Cité de l’Union africaine puis à la Saint-Sylvestre, ont offert une respiration politique à Kinshasa, jamais une solution sécuritaire à Goma, Beni ou Bunagana. L’Est demeure l’angle mort de la République. Le dialogue, devenu réflexe, a cessé d’être un outil ; il est une fuite.
L’urgence d’un sursaut
Un pays agressé ne se gouverne pas uniquement par des compromis. Il se défend, se mobilise, se rassemble. À force de préférer la table des négociations à la mobilisation nationale, la RDC a transformé la paix en mirage et la souveraineté en variable d’ajustement. L’histoire est têtue : elle revient toujours demander des comptes à ceux qui ont cru pouvoir la contourner.
Rédigé par Didier BOFATSHI