RDC : Dialogue avec les groupes armés, Fayulu jette un pont sur le volcan congolais

En pleine tourmente sécuritaire à l’Est et crispation institutionnelle à Kinshasa, Martin Fayulu propose un dialogue national « véritablement inclusif », allant jusqu’à intégrer les groupes armés. Une ligne rouge pour certains, un passage obligé pour d’autres. La crise congolaise cherche sa table de négociation.

La Table élargie ou l’impasse

Chef de la coalition Lamuka, Fayulu estime qu’exclure des acteurs même armés reviendrait à « affaiblir la légitimité du processus ». La proposition tranche avec la position du président Félix Tshisekedien, favorable à un cadre institutionnel sans remise en cause de la légitimité du pouvoir ni des décisions judiciaires.

La logique de Fayulu rejoint un principe classique de la théorie des négociations : selon William Ury, « on ne fait pas la paix avec ses amis, mais avec ses adversaires ». Inclure n’est pas légitimer ; c’est reconnaître l’existence d’un rapport de force à transformer.

Sept chantiers pour un État fissuré

Intégrité territoriale, réforme de l’armée, gouvernance éthique, justice indépendante, réformes électorales : la feuille de route ambitionne une refondation. Cette approche systémique rappelle l’analyse de John Paul Lederach : « Les conflits enracinés exigent une transformation des structures, pas seulement des accords de surface ». Autrement dit, négocier sans traiter les causes profondes reviendrait à panser un volcan.

Conditions ou défiance stratégique ?

Depuis l’exil, Seth Kikuni pose des préalables : fin des poursuites politiques, libération des détenus d’opinion, décrispation. Le Cadre dirigé par Michel Mwika reprend ces exigences. Dans la théorie de Roger Fisher, tout acteur calcule son « BATNA » sa meilleure alternative à un accord négocié. Poser des conditions, c’est signaler que la participation n’est pas acquise. C’est aussi déplacer le centre de gravité des discussions vers la confiance préalable.

Dialogue ou duel de légitimités ?

Derrière l’appel au dialogue se cache une lutte plus profonde : qui définit le cadre ? Le pouvoir institutionnel ou l’opposition contestataire ? La négociation, écrivait Thomas Schelling, est « l’art de structurer des choix interdépendants ». En RDC, ces choix engagent la paix à l’Est et la crédibilité électorale de 2028.

Le dialogue inclusif proposé par Fayulu ne garantit pas la paix ; il expose la fracture. Mais refuser de parler n’efface pas les armes. Comme le rappelait Nelson Mandela : « Le courage, ce n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de la vaincre ». Reste à savoir si Kinshasa choisira la table… ou le face-à-face.

RFI / VF7, via voltefaceinfs7.com

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