À Abou Dhabi, la RDC n’a pas seulement signé un accord économique. Elle a redessiné une trajectoire. En paraphant un accord global avec les Émirats arabes unis, Kinshasa a déplacé le centre de gravité de sa diplomatie économique, troquant les couloirs saturés de l’Occident contre les salons feutrés du Golfe. Un texte de plus de 100 pages, plus de 6 000 produits concernés : la démesure est assumée, le message clair.
Derrière l’image protocolaire, l’enjeu est brutal : reprendre la main sur les flux, les matières, la valeur. Comme l’écrivait Susan Strange, « le pouvoir réel réside dans la capacité de structurer les marchés ». La RDC tente précisément cela.
L’or, nerf et miroir
Au cœur de l’accord, l’or. Métal fétiche, métal politique. Pour Kinshasa, la guerre à l’Est n’est pas qu’une affaire de fusils : elle est une hémorragie économique. En ciblant les Émirats destination finale présumée de l’or congolais transitant par le Rwandant la RDC frappe au point névralgique. « Contrôler la ressource, c’est contrôler le conflit », résumait déjà Michael Klare.
Le Golfe comme raccourci
Les Émirats ne sont pas un partenaire innocent. Ils sont une plaque tournante, un accélérateur, un raccourci vers les marchés mondiaux. Pour Kinshasa, c’est une diplomatie sans sermon, une économie sans conditionnalités. Raymond Aron l’avait noté : « Les États cherchent d’abord des partenaires utiles, pas vertueux ».
Washington en ligne de mire
Abou Dhabi n’est qu’une escale. Washington attend. Sommet sur les minerais critiques, prière politique, opposition présente : la RDC joue sur plusieurs scènes à la fois. Hard power des ressources, soft power du symbole.
Cet accord dit une chose simple et redoutable : la souveraineté commence là où la valeur ne fuit plus. Ou, pour reprendre Samir Amin, « le développement réel commence quand le centre cesse de capter la périphérie ». La RDC, cette fois, tente de déplacer le centre.
RFI / VF7, via voltefaceinfos7.com