Quand l’État se regarde dans le miroir de la dignité

Martin Fayulu face à l’humiliation politique
La dignité n’a pas de camp. En République démocratique du Congo, elle devrait encore moins avoir de geôlier. Ce mercredi 17 décembre 2025, Martin Fayulu Madidi est sorti de sa réserve pour dénoncer ce qu’il qualifie de traitement inhumain infligé à Emmanuel Shadari Ramazani. Pour l’opposant et président de l’ECiDé, l’épisode dépasse la personne de l’ancien secrétaire général du PPRD : il engage l’idée même de l’État de droit.
Une ligne rouge constitutionnelle franchie
Dans sa réaction, Martin Fayulu invoque la Constitution comme on brandit un rempart. Les articles 16, 17 et 18 dignité humaine, liberté individuelle, égalité devant la loi auraient été, selon lui, ouvertement piétinés. L’humiliation dénoncée n’est pas un simple incident administratif ; elle est, dans cette lecture, un acte politique lourd de sens. « Nul n’est au-dessus de la loi », martèle Fayulu. Mais l’avertissement est à double sens : nul ne devrait non plus être placé en dessous d’elle, livré à l’arbitraire au gré des rapports de force.
Shadari, métonymie d’un malaise plus large
Emmanuel Shadari n’est pas seulement un ancien dignitaire du régime passé. Il devient, dans ce débat, une métonymie : celle d’une classe politique exposée à des pratiques qui fragilisent les fondements démocratiques. Aujourd’hui Shadari, demain un autre. La question posée n’est pas celle des affinités politiques, mais celle des règles du jeu. En dénonçant ce traitement, Fayulu déplace le débat du terrain partisan vers celui des principes. La justice ne se mesure pas à l’identité de celui qu’elle frappe, mais à la légalité de ses actes.

L’arbitraire comme tentation du pouvoir
Les mots employés sont lourds : humiliation, arbitraire, violation. Ils dessinent en creux une inquiétude plus profonde. Celle d’un État qui, au lieu d’être protecteur, deviendrait imprévisible. Or, dans une démocratie fragile, l’arbitraire est une pente glissante : il commence par des cas isolés et finit par devenir une méthode. Pour Fayulu, la RDC mérite mieux qu’un pouvoir qui donne le spectacle de la force. Elle mérite des institutions qui rassurent par la loi, non qui inquiètent par la démonstration.
Les voix qui s’élèvent
L’indignation ne vient pas seule. Des voix de l’opposition et de la société civile appellent à la justice et au respect strict des droits humains. Leur message est clair : la démocratie congolaise ne peut se permettre de banaliser l’humiliation politique sans se renier elle-même. Car chaque atteinte à la dignité d’un responsable public rejaillit, tôt ou tard, sur celle du citoyen ordinaire.
L’État de droit comme épreuve de maturité
Au-delà de l’affaire Shadari, c’est la maturité démocratique de la RDC qui est interrogée. Un État de droit ne se proclame pas ; il se démontre, surtout dans les moments où la tentation de l’arbitraire est la plus forte.
En rappelant que « la RDC mérite l’État de droit, pas l’arbitraire », Martin Fayulu pose une exigence simple, presque austère. Mais dans un pays en quête de stabilité et de crédibilité, cette exigence demeure l’un des rares socles sur lesquels l’avenir peut encore se construire.
Rédigé par Didier BOFATSHI
Source : voltefaceinfos.com

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