Quand les collines grondent : l’Est congolais, théâtre d’un accord piétiné

Le Burundi accuse le Rwanda de violer l’accord de Washington en poursuivant une avancée militaire dans l’est de la République démocratique du Congo. Entre dénonciations diplomatiques, manœuvres militaires présumées et drame humanitaire, la parole officielle révèle une crise régionale où la paix signée semble déjà consumée par le feu des collines.
Un accord écrit à Washington, contesté sur le terrain
La paix avait été couchée sur le papier, loin des champs volcaniques du Kivu. Mais selon Bujumbura, l’accord de Washington se délite sur le terrain congolais. Le ministre burundais des Affaires étrangères, Édouard Bizimana, accuse Kigali de poursuivre une « occupation » de territoires dans l’est de la RDC, en contradiction directe avec les engagements pris.Dans une déclaration publique, il met en cause la passivité internationale et évoque même l’influence supposée du Qatar, accusé de freiner toute réaction américaine. Une accusation lourde, qui élargit le conflit au-delà du seul cadre régional.
Uvira, Fizi, Mwenga : la géographie d’une avancée dénoncée
À Kinshasa, le ton est tout aussi grave. Dans un communiqué daté du 31 décembre 2025, le gouvernement congolais décrit une progression militaire méthodique autour d’Uvira, des hauts plateaux de Fizi et de Mwenga. Trois bataillons rwandais supplémentaires auraient été déployés, sous couvert du groupe Twirwaneho, dessinant un axe stratégique vers Kalemie, dans la province du Tanganyika. Pour les autorités congolaises, il ne s’agit ni d’escarmouches ni de replis tactiques, mais d’une extension territoriale délibérée.
La paix sous les décombres humanitaires
Derrière les lignes diplomatiques, les civils paient le prix fort. Kinshasa évoque plus de 500.000 déplacés et au moins 1.500 civils tués depuis début décembre sur l’axe Kamanyola-Uvira, selon des données de la société civile recoupées par des sources humanitaires.Qualifiant ces actes d’« agression manifeste », la RDC exige un retrait immédiat et vérifiable des forces rwandaises, conformément à la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU et à l’accord de Washington. Elle annonce également sa détermination à engager toutes les voies diplomatiques, politiques et judiciaires pour établir les responsabilités. Dans l’est congolais, les accords signés à l’étranger résonnent encore. Mais sur la terre meurtrie, ce sont les bottes, les exodes et le silence des puissances qui écrivent l’actualité.
Didier BOFATSHI

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