Les évêques des Grands Lacs face au fracas de la guerre
À Kinshasa, les cloches ont sonné contre le bruit des bottes. Réunis du 10 au 14 décembre 2025, les évêques catholiques de la République démocratique du Congo, du Rwanda et du Burundi ont élevé une voix rare dans une région saturée d’ultimatums et de communiqués militaires. Leur message est simple, mais exigeant : la paix ne se négocie pas sous pression, elle se choisit par conviction.
La foi comme passerelle, la parole comme rempart
Au cœur de la Cathédrale Notre-Dame du Congo, l’Association des Conférences Épiscopales de l’Afrique Centrale (ACEAC) a rappelé une évidence souvent oubliée : la fraternité peut survivre aux frontières et aux conflits. Là où les routes sont coupées et les lacs surveillés, les prélats disent continuer à se rencontrer, à prier et à parler, bravant les restrictions et la peur.
La guerre, ici, n’est pas seulement une affaire de territoires. Elle est une maladie du langage. D’où l’appel pressant à abandonner les discours incendiaires, ces mots qui précèdent toujours les balles, et à leur substituer une communication non violente, capable de désarmer avant même le premier tir.
La paix sans béquilles extérieures
Le cœur du message épiscopal frappe là où la diplomatie hésite. Washington, Doha, les médiations se succèdent, mais sur le terrain, les lignes bougent dans le mauvais sens. Les évêques le disent sans détour : un processus de paix imposé, arraché ou signé par convenance est une paix fragile, promise à l’échec.
Ils exhortent les dirigeants à s’engager non sous la contrainte des partenaires internationaux, mais par un choix intérieur, presque moral, de réorienter une histoire commune trop longtemps écrite par les armes. La souveraineté, suggèrent-ils, commence par le courage de la paix.
Uvira, métonymie d’un basculement
Pendant que les évêques prêchent l’apaisement, la carte sécuritaire se redessine. Uvira, verrou stratégique du Sud-Kivu, est passée sous le contrôle de l’AFC/M23. Ce n’est pas seulement une ville qui tombe : c’est une porte qui s’entrouvre vers le Grand Katanga, poumon économique du pays.
Cette avancée donne à l’appel de Kinshasa une gravité particulière. La paix n’est plus une abstraction théologique ; elle devient une urgence géopolitique. Chaque localité conquise est un argument de moins pour les cessez-le-feu annoncés, un démenti brutal aux accords signés loin du front.
Le Pacte social : semer là où la guerre arrache
Face à l’enracinement du conflit, l’Église du Christ au Congo (ECC) et la CENCO proposent une autre grammaire de la paix : le Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble. Dialogue interreligieux, ateliers citoyens, inclusion des forces vives, promotion du bumuntu l’humanisme africain comme antidote à la déshumanisation de la guerre.
Ici, la paix n’est pas un document, mais un processus lent, presque ingrat, qui s’attaque aux causes profondes : exclusion, mémoire blessée, gouvernance défaillante. Une paix qui commence dans les mentalités avant de s’inscrire dans les traités.
La parole comme dernier rempart
Alors que les accords de Washington peinent à produire leurs effets et que les accusations croisées remplacent les résultats, la parole des évêques surgit comme un rappel sévère : aucune médiation ne tiendra si les cœurs restent en guerre.
Dans la région des Grands Lacs, les armes parlent vite et fort. Mais à Kinshasa, pendant quelques jours, des voix ont choisi une autre cadence. Celle de la patience, du pardon et du vivre-ensemble. Une voix fragile, peut-être, mais persistante. Comme une cloche qui continue de sonner, même lorsque la ville semble ne plus l’écouter.
Rédigé par Didier BOFATSHI
Source : voltefaceinfos.com