Quand le glaive renaît : la peine de mort recouvre ses chaînes en RDC 

Depuis mars 2024, le ministère de la Justice en RDC a levé le moratoire de fait sur la peine de mort, dormant depuis près de deux décennies. Cette décision ravive un débat ancien, entre le désir de sécurité et les craintes d’une justice inachevée, dans un pays hanté par le crime, l’insécurité et l’impunité. Le récent jugement d’un policier condamné à mort pour le meurtre d’un civil au grand marché de Mbandaka illustre à la fois l’ampleur et la gravité de ce tournant.
La marche arrière du moratoire au glaive levé
En 2003, la RDC avait mis un terme, de facto, aux exécutions capitales : les condamnations à mort étaient systématiquement commuées en réclusion à perpétuité.
Le 13 mars 2024, la note circulaire n° 002 du ministère de la Justice décide la reprise effective des exécutions pour certains crimes graves trahison, crimes de guerre, terrorisme, banditisme urbain ayant entraîné la mort d’un civil, etc.
Motif invoqué : «débarrasser l’armée et les forces de sécurité des traîtres» et « endiguer la recrudescence des actes de violence et de banditisme urbain ».
Mbandaka : la corde suspendue au-dessus d’un policier
Le cas le plus marquant depuis la levée du moratoire a été rendu public : un policier condamné à mort pour le meurtre d’un civil au grand marché de Mbandaka. L’affaire a secoué l’opinion publique et posé plusieurs questions : l’usage disproportionné de la force par un agent de l’État, la responsabilité des forces de l’ordre, et la justesse du procès dans un contexte judiciaire fragile.
Pour certains, cette condamnation représente un signal fort : nul, pas même un policier, n’est au-dessus des lois.
Pour d’autres, elle illustre le danger de l’application arbitraire d’une peine irréversible dans un système judiciaire vulnérable.
La pluie de condamnations mais la corde ne serre pas encore
Depuis la levée du moratoire, les tribunaux militaires et civils ont prononcé de nombreuses condamnations à mort.
Pourtant, à ce jour, aucune exécution effective n’a été confirmée. L’épée est brandie, suspendue dans l’air.
Ce paradoxe condamnations massives mais absence d’exécutions fragilise l’effet supposé de dissuasion. Le glaive existe, mais l’ombre qu’il jette manque de substance.

Espoir de sécurité ou poudre aux yeux ?
À la lisière de la peur : Le retour de la peine de mort répond à une logique mécanique : dans un pays en proie à l’anarchie, brandir l’ultime châtiment imprime la crainte. L’affaire du policier de Mbandaka illustre cette stratégie : le gouvernement montre qu’il peut frapper même ceux censés protéger les citoyens.
Mais l’illusion d’ordre : La peine capitale n’attaque pas les causes profondes de la criminalité : pauvreté, impunité, institutions faibles. La peur d’un glaive suspendu ne remplace pas une justice efficace ni un État de droit consolidé.
Justice suspendue entre réparation et risque irréversible
Espoir de justice pour les victimes : dans l’affaire de Mbandaka, la condamnation peut être perçue comme un acte de réparation pour la famille du civil tué. Risque irréversible : une erreur judiciaire serait définitive et irréparable. Instrumentalisation politique : le risque que la peine de mort devienne un outil de répression plane, surtout dans un contexte où la justice reste fragile.
Le spectre des droits humains recul ou réaffirmation ?
«La note circulaire du 13 mars 2024 marque un recul dans la protection du droit à la vie» RODHECIC. Pour les ONG et institutions internationales, le rétablissement de la peine de mort constitue un recul dans la protection du droit à la vie, un défi à la tendance mondiale abolitionniste.
Dernier mot le glaive suspendu sur Mbandaka et au-delà
La réactivation de la peine de mort n’est pas seulement un geste pénal : c’est un miroir tendu à la société celui d’un État qui, face à la violence, brandit la menace suprême. L’affaire du policier de Mbandaka illustre la tension entre justice et peur, entre signal de responsabilité et risque d’injustice.
Tant que les institutions demeurent fragiles et que la violence trouve ses racines dans des causes structurelles, le glaive restera un symbole suspendu : une menace visible, mais pas une solution tangible.

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