Quand la mémoire des martyrs rencontre l’action du peuple congolais

 Interview avec Francis BOFATSHI LOKOLE, Coordonnateur national de la Dynamique RDC na Motema (DRNM)

Le 16 février 1992 reste un moment charnière dans l’histoire politique de la RDC. Plus de trente ans après, la mémoire de cette lutte pour la démocratie continue d’inspirer l’action des citoyens. Francis BOFATSHI LOKOLE revient sur la continuité de ce combat et la dynamique démocratique actuelle.

La mémoire comme fondement de l’action politique

Journaliste : Mr. Glody MAKUNDI, comment évaluez-vous l’importance de la mémoire du 16 février 1992 aujourd’hui ?

Francis BOFATSHI LOKOLE : Cette date marque une rupture dans notre histoire politique. La mobilisation des étudiants, de la société civile et des citoyens pour exiger la démocratie face à un pouvoir autoritaire n’est pas un simple souvenir : elle fonde une conscience politique durable. Comme le disait Hannah Arendt, « la mémoire collective est une condition de l’action politique ». Sans ce rappel des engagements passés, l’action présente perdrait son sens.

Le combat inachevé ? Une transition dynamique

Journaliste : Certains leaders, comme Martin Fayulu, parlent d’un « combat inachevé ». Partagez-vous cette idée ?

Francis BOFATSHI LOKOLE : Je pense que le combat n’est pas inachevé dans l’absolu : il évolue. Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de s’opposer à un régime, mais d’affirmer la souveraineté populaire. Alexis de Tocqueville disait que « la démocratie ne vit que par la participation active de ses citoyens ». En refusant un troisième mandat ou une succession imposée, le peuple congolais exerce un vote sanction qui traduit une résistance démocratique concrète et durable.

La démocratie comme création permanente

Journaliste : Peut-on dire que la démocratie en RDC est en train de se consolider ?

Francis BOFATSHI LOKOLE : Absolument. Mais il faut comprendre que la démocratie est un processus vivant, pas un monument figé. Comme le disait Octavio Paz, « la démocratie est plus qu’un système politique ; c’est un acte de création permanente ». Chaque vote, chaque scrutin, chaque refus de la confiscation du pouvoir est un acte qui réaffirme ce projet collectif. John Dewey ajoutait : « La démocratie doit être vécue comme une expérience, non simplement instituée comme une structure ». Le peuple congolais transforme la mémoire des martyrs en actes politiques concrets.

Mémoire et action populaire : deux forces complémentaires

Journaliste : Comment la mémoire des martyrs et l’action populaire se complètent-elles ?

Francis BOFATSHI LOKOLE : La mémoire des martyrs sert de fondation à une conscience politique continue. Mais il ne suffit pas de se souvenir : il faut agir. Chaque citoyen qui participe aux élections et refuse la confiscation du pouvoir prolonge cette mémoire. Le combat n’est ni totalement achevé ni désespérément inachevé : il est en cours, parce que la démocratie est un projet vivant et en perpétuelle construction.

Un appel à l’engagement citoyen

Journaliste : Quel message souhaitez-vous transmettre aux Congolais ?

Francis BOFATSHI LOKOLE : La démocratie n’est pas seulement un idéal à célébrer lors des commémorations. Elle se construit chaque jour, à travers chaque vote et chaque choix conscient. Honorer la mémoire des martyrs, c’est prolonger leur combat par notre engagement citoyen. Aujourd’hui, la RDC a l’opportunité de montrer que sa démocratie est vivante et qu’elle se renforce à chaque expression de souveraineté populaire.

Glody MAKUNDI / voltefaceinfos7.com

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