Au Palais de la Nation, Félix Tshisekedi n’a pas seulement échangé des vœux avec le corps diplomatique. Il a parlé à la République. En revenant sur le dialogue national, le chef de l’État a redessiné les lignes d’un débat miné par les fractures politiques, en imposant une vérité cardinale : en RDC, le dialogue ne peut respirer qu’à l’ombre de la Constitution. Le message est clair, presque solennel : la loi fondamentale n’est pas un décor, c’est la scène.
Dans un pays où le mot dialogue a souvent rimé avec crise, la présidence en fait un instrument d’ordre. Une manière de reprendre la main, d’enfermer le tumulte dans des formes, et de rappeler que la légitimité ne se négocie pas hors institutions. « Le pouvoir repose d’abord sur la légitimité perçue », écrivait Hans Morgenthau ; Tshisekedi en fait une démonstration pratique.
La Constitution comme boussole
En posant le cadre institutionnel, le Président assèche le terrain des dialogues parallèles. Le consensus devient possible, mais sous conditions. Jürgen Habermas l’énonçait déjà : « Il n’y a de dialogue démocratique que réglé par des normes communes. » Traduction congolaise : hors Constitution, point de salut politique.
Un message sous les lustres diplomatiques
Devant les diplomates, le discours devient signal. Stabilité, prévisibilité, État de droit : autant de mots adressés au monde. Raymond Aron rappelait que « les États cherchent à paraître prévisibles dans l’incertitude ». Kinshasa veut rassurer, surtout dans un environnement régional inflammable.
Maîtriser l’horloge du pouvoir
La signification cachée est là : contrôler le temps politique. Anticiper, prévenir, encadrer. Antonio Gramsci l’avait formulé crûment : « Gouverner, c’est organiser le consentement. » Sous couvert de dialogue, Félix Tshisekedi parle d’autorité et d’avenir. Et pose une question qui claque comme un verdict : peut-on encore contester l’État sans contester la Constitution ?
Didier BOFATSHI