Kinshasa tremble sous l’ombre d’une structure fantôme, baptisée « Direction générale des contrôles économiques, financiers et administratifs ». Elle n’existe pas. Et pourtant, elle extorque, manipule, escroque. Les citoyens, séduits par l’éclat trompeur d’un nom présidentiel, deviennent les pions d’une illusion grotesque. Comme le rappelle Robert Keohane, « la légitimité d’un État repose autant sur la perception de sa capacité à protéger ses citoyens que sur l’exercice effectif de ses pouvoirs ». Ici, la perception vacille, le pouvoir se dilue, et la confiance populaire se fissure.
L’Est sous le charme de la chimère
Dans quelques provinces, les arnaqueurs ont tissé leur toile. Convocations, démarches, missions… tout est faux. Mais la crédulité publique est un fil conducteur. Chaque document est une promesse mensongère, chaque démarche une danse avec l’illusion. Joseph Nye ne disait‑il pas : « le pouvoir ne réside pas seulement dans la coercition ou la force, mais aussi dans la capacité à établir des réseaux d’influence crédibles et fiables » ? Ces réseaux ont été tissés à l’Est, et ils révèlent un État en quête de contrôle et de cohérence.
L’ombre d’un État sans éclat
Ce n’est plus une fraude isolée. C’est le symptôme d’un déficit de gouvernance, d’une communication en miettes et d’une vigilance citoyenne fragilisée. Chaque arnaque, chaque usurpation, est un miroir brisé de l’autorité. Anne-Marie Slaughter rappelle : « les institutions ne sont durables que si les citoyens sont capables de comprendre et de s’y engager activement ». Ici, l’engagement est manipulé, détourné, confondu avec l’illusion.
Quand le papier vaut plus que la pierre
L’affaire DGECEFA pose la question : comment protéger l’image et la force de l’État quand même son nom peut devenir arme contre lui ? La réponse ne tient pas seulement dans la sanction. Elle passe par l’information, la vigilance, la compréhension. L’éducation civique devient bouclier, la transparence devient épée.
Dans ce théâtre d’ombres et de papiers, le citoyen est roi et victime à la fois. Si l’État veut régner vraiment, il doit réapprendre à se montrer, à se faire connaître et à défendre son nom contre ceux qui le défigurent. Comme le résume avec une brutalité poétique Keohane : « la légitimité ne se décrète pas ; elle se perçoit, se sent et se protège ». À Kinshasa, ce miroir fissuré appelle à la vigilance. Et chacun est invité à ne plus se laisser séduire par les fantômes du pouvoir.
Okapi / VF7, via voltefaceinfos7.com