Le directeur général de l’OGEFREM, William Kazumba Mayombo, suspendu à titre conservatoire, incarne la tragédie invisible d’un État en équilibre précaire. Trois mois de silence imposés par Jean-Pierre Bemba, vice-Premier ministre, suffisent à révéler un système où les règles se plient à l’urgence et où la guerre dicte la comptabilité. Comme le disait Hannah Arendt, « Le danger n’est pas l’illégalité ponctuelle, mais sa banalisation administrative ». Ici, la banalisation devient politique, et le DG, simple bouclier de l’ombre.
Les fantômes des fonds secrets
1,6 million de dollars de “fonds secrets de recherche” flottent entre justification et mystère. Kazumba invoque un effort de guerre vieux d’une décennie, rappelant à tous que la frontière entre loyauté et légalité est un fil de soie dans le vent. Michel Foucault aurait parlé de pratiques diffuses, invisibles mais normalisées, sculptant la gouvernance par le silence et le consentement tacite.
Plateformes sans roi
Le lancement d’une plateforme logicielle non validée devient symbole : les châteaux d’informatique se dressent sur des fondations de sable politique. Le conseil d’administration, malgré ses recommandations ignorées, n’a jamais pu trancher la tension entre autonomie managériale et tutelle. Robert Keohane aurait rappelé que la véritable bonne gouvernance se teste dans la tempête, pas dans le calme plat.
Le miroir de l’État
Au-delà des chiffres et des contrats, OGEFREM reflète un État pris en étau : transparence proclamée d’un côté, pratiques exceptionnelles tolérées de l’autre. Max Weber enseignait que la domination légale-rationnelle définit l’État moderne ; ici, l’État se débat avec ses propres ombres, et la guerre devient excuse et prison à la fois.
Cette suspension n’est pas un simple règlement de compte : elle est un avertissement aux institutions et au public. Tant que l’« effort de guerre » restera un territoire sans lois, la RDC avancera sur un fil incandescent, où chaque manquement devient symbole et chaque secret, arme. Comme le disait Michel Foucault, « Le pouvoir s’exerce par des pratiques diffuses ». Et dans ces flammes invisibles, chaque citoyen voit se dessiner l’ombre d’un État qui se consomme lui-même.
Didier BOFATSHI