Dans une République démocratique du Congo labourée par plus de trente ans de conflits armés, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a lancé, à l’occasion de Noël, un appel solennel aux acteurs de la violence. Entre espérance lucide et constat implacable, l’Église catholique exhorte à rompre avec la logique des armes et à choisir la paix, alors que l’Est du pays demeure sous tension militaire et diplomatique.
Quand Noël interpelle les fusils
Dans son message de Noël prononcé le 25 décembre, le secrétaire général de la CENCO, Mgr Donatien Nshole, a invité ceux qui ont fait le choix de la confrontation armée à changer de trajectoire. L’échange des vœux, a-t-il souligné, n’est pas un rite creux, mais un engagement à devenir artisan de paix. Derrière les mots de pardon et de tendresse, l’Église pose un acte politique au sens noble : rappeler que la violence n’est ni une fatalité ni une solution durable.
Un pays meurtri, une espérance tenue debout
La CENCO n’élude pas la réalité. Noël survient dans un climat de souffrance extrême : milliers de morts, déplacements massifs, populations entassées dans la précarité. Goma, Bukavu, Uvira deviennent les métonymies d’une douleur nationale. Pourtant, l’Église maintient une espérance active. Pour elle, la naissance du Christ signifie que l’abandon n’est pas une option et que la paix reste possible, à condition d’accueillir un message de solidarité concrète.
Diplomatie sous tension, paix en suspens
Sur le plan international, les lignes bougent sans se stabiliser. Les accords de Washington entre Kinshasa et Kigali ont marqué une avancée formelle, tandis que le processus de Doha, censé traiter les causes profondes du conflit avec l’AFC/M23, piétine. L’occupation d’Uvira, puis l’annonce d’un retrait sous pression internationale, illustrent la fragilité des engagements. Les États-Unis exigent désormais un retrait effectif et vérifiable, signe que la patience diplomatique s’amenuise.
Didier BOFATSHI