Au moins 162 personnes ont été tuées dans le village de Woro, dans l’État de Kwara, au centre-ouest du Nigeria. Une attaque massive, méthodique, menée par des hommes armés, qui replonge le pays dans l’un de ses épisodes les plus sombres de ces derniers mois. Le bilan, communiqué par la Croix-Rouge nigériane, pourrait encore s’alourdir à mesure que les recherches se poursuivent.
La police et les autorités locales confirment l’attaque. Mais au-delà des chiffres, c’est une communauté entière rayée dans le silence, un village devenu tombeau. Comme l’écrivait Hannah Arendt, « la violence détruit le pouvoir, elle ne le crée jamais ».
Le village devenu cimetière
À Woro, la violence n’a pas frappé au hasard : elle a encerclé, brûlé, exécuté. Les bandes armées, qualifiées localement de « bandits », ont transformé un espace de vie en scène de ruines. Le massacre s’impose comme l’un des plus meurtriers depuis des mois, révélant la vulnérabilité persistante des zones rurales nigérianes.
La peur aux mille visages
L’État de Kwara est pris en étau entre criminalité armée et poussée jihadiste. Ces violences composites brouillent les lignes : pillage, enlèvements, terreur idéologique. Achille Mbembe parlait d’une « politique de la mort » ; ici, elle avance sans uniforme clair, mais avec une efficacité glaçante.
L’État en chasse, la mort en avance
Les autorités évoquent une riposte sécuritaire renforcée, des couvre-feux, des écoles fermées puis rouvertes. Le gouverneur de Kwara parle d’un acte de représailles, signe de la « frustration » des groupes armés face aux opérations antiterroristes. Pourtant, la violence frappe encore plus vite que la protection.
Woro n’est pas un accident : c’est un symptôme. Celui d’un État qui combat, mais sur un terrain mouvant, où l’ennemi se fond dans la nuit. Comme le rappelait Frantz Fanon : « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission. »
Au Nigeria, cette mission semble encore se chercher, pendant que les villages, eux, continuent de tomber.
RFI / VF7, via voltefaceinfos7.com