À Mont-Ngafula, dans l’ouest incandescent de Kinshasa, la modernisation de l’avenue Mobutu dépasse la simple réhabilitation d’un axe de 3,7 kilomètres. Ce ruban d’asphalte promet de relier le By-Pass à Bel Air, mais surtout de reconfigurer les flux, les pouvoirs et les espérances d’une commune en quête de centralité.
L’asphalte comme manifeste
Une route n’est jamais neutre. Elle distribue la lumière économique, redessine les trajectoires, hiérarchise les quartiers. Henri Lefebvre l’affirmait : « L’espace est un produit social. » Moderniser l’avenue Mobutu, c’est produire un nouvel ordre spatial. C’est inscrire dans le sol une ambition : fluidité, attractivité, valorisation foncière. La voirie devient langage, et le bitume, promesse.
L’autorité à ciel ouvert
En appelant à la libération des emprises publiques, le bourgmestre Séverin Lumbu pose un acte d’autorité. Gouverner, écrivait Max Weber, c’est détenir la légitimité. Ici, la légitimité s’éprouve dans la capacité à reconquérir l’espace commun. Mais l’équation est délicate : l’informel nourrit la ville autant qu’il l’encombre. Hernando de Soto rappelait que l’économie populaire est souvent « le capital invisible des nations ». Moderniser sans exclure : voilà l’épreuve.
La bataille des centralités
Sous le goudron affleure une lutte silencieuse : celle de la centralité. Contrôler l’axe, c’est contrôler le récit. David Harvey prévient : « Le droit à la ville est un droit de transformation. » Qui transforme ? Pour qui ? La route élargit les perspectives, mais peut aussi déplacer les fragilités.
Mémoire et puissance
Le nom même de l’avenue convoque l’histoire. Moderniser, c’est parfois réécrire sans effacer. Fernand Braudel l’enseignait : les infrastructures façonnent les longues durées. Ce chantier s’inscrit dans cette temporalité lente où le béton devient mémoire.
Au-delà des pelleteuses, c’est une vision de la ville qui s’esquisse : inclusive ou exclusive, partagée ou segmentée. « La ville est le miroir grossissant de nos choix collectifs. » Et comme le murmurait Victor Hugo, « Les grandes œuvres naissent des grandes volontés » encore faut-il que la volonté épouse la justice.
ACP / VF7, via voltefaceinfos7.com