La sérénité affichée par Gianni Infantino tranche avec les flammes qui lèchent l’actualité mexicaine. Le président de la FIFA se dit « très tranquille » quant à l’accueil de la Coupe du monde 2026 par le Mexique, malgré la vague de violences qui a secoué plusieurs régions. Une phrase courte, mais lourde : elle ne décrit pas seulement une situation, elle tente de la dompter.
La parole qui verrouille
« Tout va très bien, tout sera fantastique. » La formule est plus qu’un optimisme : c’est un acte d’autorité. Comme l’écrivait Pierre Bourdieu, « le pouvoir symbolique est un pouvoir de faire croire ». En rassurant, la FIFA stabilise le récit mondial avant même de sécuriser les tribunes.
Le stade-forteresse
Le message implicite est limpide : la violence nationale n’est pas celle du tournoi. Le Mondial se pense comme enclave, bulle, citadelle. Ulrich Beck parlait d’une « société du risque » où l’enjeu n’est plus d’abolir le danger, mais d’en administrer la perception. Ici, le terrain devient frontière invisible entre tumulte et spectacle.
Le business du rêve
Un Mondial est une cathédrale de contrats, de droits télévisés et d’alliances diplomatiques. Reconnaître la fragilité serait fissurer l’édifice. Comme l’a théorisé Joseph Nye, le sport relève du soft power : une scène où les nations polissent leur image. La tranquillité affichée protège autant les investisseurs que les supporters.
Le spectacle contre l’ombre
Dans La Société du spectacle, Guy Debord écrivait : « Le spectacle est le capital à un tel degré d’accumulation qu’il devient image. » L’image du Mondial doit rester intacte, même si l’ombre persiste hors champ.
La FIFA ne nie pas le réel ; elle en redessine les contours. Reste une question suspendue : la fête peut-elle ignorer le fracas qui l’entoure ? Comme le rappelait Hannah Arendt, « la politique a toujours affaire aux apparences ». Et parfois, sous le tapis vert, brûle encore la braise du monde.
RFI / VF7, via voltefaceinfos7.com