Médiation en RDC : Paul Mukendi rejette l’UA et la CENCO-ECC, plaidoyer exclusif pour Washington

Le pasteur Paul Mukendi durcit le ton. Lors d’une prise de parole publique, le leader de l’Église « Parole de vie » a déclaré ne reconnaître « aucun autre processus » de paix pour la RDC en dehors de celui conduit à Washington. Dans son réquisitoire, il rejette à la fois l’initiative de l’Union africaine et celle du tandem Conférence épiscopale nationale du Congo – Église du Christ au Congo (CENCO-ECC).

Un choix assumé : l’option américaine

Pour Mukendi, « le processus le plus crédible, c’est celui de Washington ». Cette hiérarchisation de la médiation traduit une préférence géopolitique nette : la garantie de puissance primerait sur la proximité continentale.

La thèse s’oppose frontalement à la doctrine panafricaine. Comme le rappelait Kwame Nkrumah, « l’Afrique doit s’unir » pour résoudre ses propres crises. En contestant la médiation africaine, Mukendi déconstruit implicitement ce principe fondateur et privilégie une logique d’arbitrage par une puissance extra-continentale.

Lecture journalistique : derrière la critique morale (« traîtres », « hypocrites »), se profile une interrogation stratégique la capacité réelle des mécanismes africains à produire des résultats contraignants dans un conflit régional complexe impliquant Kinshasa et Kigali.

Charge contre l’Union africaine

Le pasteur accuse l’UA d’inaction face aux violences à l’est de la RDC et remet en cause sa crédibilité, y compris sous présidence burundaise. Cette défiance renvoie à une problématique ancienne : le différentiel entre normativité institutionnelle et effectivité opérationnelle.

Le politologue Achille Mbembe souligne que les institutions africaines sont souvent perçues comme « prises dans une tension entre souveraineté proclamée et dépendance structurelle ». L’argument de Mukendi exploite cette faille : si l’UA n’a pas empêché l’escalade passée, pourquoi lui confier l’issue future ?

Signification cachée : la contestation vise moins l’institution en soi que la confiance publique dans les mécanismes africains de sécurité collective.

La CENCO-ECC dans le viseur

Mukendi rejette catégoriquement toute médiation portée par la CENCO-ECC, accusant certains prélats d’acharnement contre le président Félix Tshisekedi. Il cite notamment Fridolin Ambongo et Donatien Nshole.

Cette sortie révèle une recomposition du champ religieux congolais. Là où l’Église catholique a longtemps structuré l’espace public, l’essor des Églises évangéliques modifie l’équilibre d’influence. Max Weber parlait du « pouvoir charismatique » comme d’une force capable de concurrencer l’autorité institutionnelle. Mukendi incarne cette dynamique : une légitimité issue de l’audience populaire plutôt que de la hiérarchie ecclésiale.

Sous-texte pertinent : la bataille pour la médiation est aussi une bataille pour la représentation morale de la nation.

Dialogue ou guerre ?

Pour Mukendi, « on ne dialogue pas en temps de guerre » tant que l’agression rwandaise persiste et que le président Paul Kagame est accusé d’ingérence. Cette position absolutise la séquence sécuritaire : la souveraineté territoriale d’abord, la concertation interne ensuite.

Or, comme le rappelait Kofi Annan, « il n’y a pas de paix sans dialogue, même en temps de guerre ». La tension entre ces deux visions structure le débat actuel : négocier sous contrainte ou restaurer d’abord l’intégrité territoriale.

Accusation d’alignement sur l’AFC-M23

En accusant la CENCO-ECC de défendre indirectement les intérêts de l’AFC-M23, Mukendi politise davantage le rôle des Églises. Cette accusation élargit le conflit du terrain militaire au champ symbolique : qui parle au nom du peuple congolais ?

Signification profonde : la médiation devient un enjeu de souveraineté narrative. Celui qui contrôle le récit du conflit influence l’architecture de la sortie de crise.

Une crise de confiance plus qu’une crise de procédure

Les propos de Paul Mukendi révèlent une fracture triple :

  • Fracture géopolitique : Afrique vs arbitrage occidental.
  • Fracture institutionnelle : défiance envers les mécanismes africains.
  • Fracture religieuse et sociopolitique : concurrence entre catholicisme institutionnel et évangélisme charismatique.

Au-delà des invectives, l’enjeu réel demeure la crédibilité du médiateur. Comme l’écrivait Hannah Arendt, « le pouvoir repose sur la confiance ». Or, c’est précisément cette confiance qui semble aujourd’hui fragmentée en RDC. La question centrale n’est donc pas seulement qui médiatise, mais qui est encore capable d’être reconnu comme arbitre légitime par l’ensemble des acteurs congolais.

Ouragan / VF7, via voltefaceinfos7.com

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