Au bord de l’Atlantique, Luanda s’est faite capitale des promesses. Autour d’une même table, Félix Tshisekedi, João Lourenço, Faure Gnassingbé et Olusegun Obasanjo ont convoqué la paix pour l’Est de la RDC. L’image est forte, le symbole lourd. Mais derrière les poignées de main, une autre vérité se dessine : celle d’une diplomatie qui rassure les salons pendant que la guerre continue de dicter sa loi sur le terrain.
Dès l’ouverture, l’essentiel est dit : la RDC veut la paix, et elle veut qu’on le sache. « La politique internationale est une lutte pour le pouvoir », écrivait Hans Morgenthau. À Luanda, ce pouvoir est narratif. Kinshasa joue la carte de la légitimité morale, convaincue qu’à défaut de faire taire les armes, elle peut au moins fixer les responsabilités.
Luanda, théâtre de la bonne foi
La présence de Tshisekedi n’est pas un simple déplacement diplomatique. C’est une déclaration. En s’exposant, la RDC montre qu’elle a choisi le dialogue jusqu’au bout. Comme le rappelait Hedley Bull, l’ordre international naît aussi des perceptions partagées. Kinshasa construit la sienne : celle d’un État agressé mais discipliné.
L’Union africaine, géant sans chaînes
Sous l’égide de l’UA, la médiation se veut africaine. Noble ambition. Mais Robert Keohane prévenait déjà : les institutions coordonnent, elles ne contraignent pas. Sans mécanisme de pression, la paix reste un vœu, pas une obligation.
Le grand absent qui parle trop
À Luanda, le silence le plus assourdissant porte un nom : le Rwanda. Raymond Aron l’écrivait sans détour : on ne fait la paix qu’avec ceux qui font la guerre. L’absence du principal protagoniste transforme la médiation en monologue collectif.
Gagner du temps, écrire l’histoire
Luanda sert aussi à cela : préparer l’après. Edward Carr voyait dans la diplomatie l’art de retarder l’inévitable. Ici, l’inévitable est la désignation du blocage.
Luanda n’a pas arrêté la guerre, mais elle a éclairé les lignes. Et peut-être est-ce là sa fonction réelle. Car, comme l’écrivait Albert Camus, « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». À Luanda, au moins, les rôles commencent à être nommés.