L’Europe au bord du vertige : le marché tremble, la puissance vacille

À Alden Biesen, l’Union européenne ne débat pas seulement de compétitivité. Elle affronte son propre reflet. Sous les dorures diplomatiques, une question brutale s’impose : l’Europe veut-elle rester un marché ou devenir une puissance ?

Les 27 parlent simplification, investissements, fonds communs. Mais derrière les chiffres, c’est l’angoisse du déclassement qui affleure. Droits de douane américains, percée chinoise, matières premières rares : le monde s’endurcit, l’Europe hésite.

Le moteur brisé

Le couple franco-allemand, jadis boussole du continent, tangue. Paris réclame des euro-obligations et une « préférence européenne » assumée. Berlin freine, invoque la discipline, défend l’ouverture. Rome s’aligne sur cette prudence. « L’Europe se fera dans les crises », rappelait Jean Monnet. Encore faut-il qu’une solution commune émerge. Ici, elle vacille.

Le marché assiégé

La « préférence européenne » cristallise la fracture. Faut-il protéger l’industrie ou sanctuariser la concurrence ? Les industriels dénoncent des appels d’offres où le prix écrase tout, où l’importation l’emporte sur la production locale.

Karl Polanyi l’avait pressenti : « Le laisser-faire n’a jamais été naturel ; il a été planifié. » Le libre-échange n’est pas un destin, mais un choix. Et l’Europe doute désormais de ce choix.

L’angoisse du déclassement

L’accord commercial avec Washington, jugé déséquilibré mais stabilisateur, révèle une stratégie défensive : éviter le choc, préserver la certitude. Raymond Aron avertissait : « La puissance demeure la condition de l’autonomie. » Sans base industrielle, pas de souveraineté.

La mue inachevée

Puissance normative hier, l’Union découvre sa vulnérabilité. Elle exportait des règles ; elle cherche désormais à sauver ses usines. Antonio Gramsci écrivait : « La crise, c’est quand l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître. » L’Europe est précisément dans cet entre-deux.

En définitive, le sommet révèle moins un plan qu’un doute. Marché ou puissance ? Discipline ou mutualisation ? L’histoire observe. Et l’interrogation demeure, suspendue comme une épée au-dessus du continent : l’Europe choisira-t-elle d’être spectatrice ou stratège ? Car, pour reprendre Jean Monnet, « rien n’est possible sans les hommes, rien n’est durable sans les institutions ». Encore faut-il oser les refonder.

RFI / VF7, via voltefaceinfos7.com

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