Les Yeux du Monstre : l’État qui vous voit, vous traque et vous murmure

Dans les rues et les ruelles, vos gestes, vos visages, vos adresses deviennent des proies pour des yeux invisibles. L’U.S. Immigration and Customs Enforcement déploie IA et reconnaissance faciale pour traquer non seulement les sans-papiers mais aussi ceux qui osent observer ou contester. Une surveillance silencieuse, omniprésente, qui transforme chaque citoyen en acteur involontaire d’un théâtre de contrôle.

Les panoramas de la peur

Dans les rues de Minneapolis, un prénom murmuré, une adresse soufflée par la vitre d’un SUV, et la caméra corporelle qui clignote comme un œil omniscient. L’ICE ne se contente plus de traquer les sans-papiers : elle scrute les citoyens, décortique la contestation, transforme chaque trottoir en théâtre de surveillance. Comme l’écrivait Michel Foucault, « la visibilité est un piège » : chaque regard devient une prison.

Les ombres algorithmées

La puissance de l’IA n’est pas neutre : elle prédit, corrèle, profile. Le pouvoir devient indomptable, invisible, algorithmique, un réseau de regards qui anticipe vos gestes avant même que vous les fassiez. Shoshana Zuboff parlait de « prédire et modifier le comportement humain » : ICE l’applique à la rue, aux citoyens, aux dissidents, comme si chaque donnée personnelle était un fil de fer invisible qui relie l’État à vos moindres déplacements.

La chute des frontières

Migrants, bénévoles, activistes : tous voient leur vie devenir un laboratoire de contrôle, un espace où la traque devient poésie du pouvoir. Les sociétés de contrôle remplacent les sociétés disciplinaires, écrivait Gilles Deleuze : ici, le traqué devient acteur malgré lui, sous le poids d’une surveillance qui se veut banale mais omniprésente.

Le murmure du pouvoir

Chaque signal, chaque capture faciale, chaque donnée volée ne frappe pas seulement le corps : elle touche l’âme civique, instille la peur, produit la soumission silencieuse. Comme le disait George Orwell, « le pouvoir n’est pas un moyen, il est une fin ». L’État ne frappe pas toujours ; il murmure. Et ce murmure se transforme en écho constant dans la conscience des citoyens.

La surveillance n’est plus seulement policière, elle est computationnelle, fluide, omniprésente. Elle redéfinit notre intimité, notre courage et notre liberté. Alexis de Tocqueville avertissait : « Le despotisme peut se passer de la violence, mais il ne se passe pas de la surveillance. » Aujourd’hui, cette phrase devient presque prophétique, tandis que les yeux du monstre continuent de tout voir, tout anticiper, tout murmurer.

RFI / VF7, via voltefaceinfos7.com

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