Neuf ans après les cris étouffés du Kasaï, l’État congolais regarde enfin le passé en face. La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) a lancé une mission officielle d’établissement des faits sur les massacres de civils liés à la crise Kamuena Nsapu et sur le meurtre des experts de l’ONU, Zaida Catalán et Michael Sharp. Un geste attendu, lourd, presque solennel : faire parler le silence.
Annoncée à Kinshasa, cette mission marque le début des enquêtes de terrain sur l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire récente du pays. Pour les familles des victimes, il ne s’agit plus de mémoire, mais de justice. « La vérité est le premier pas vers la réparation », écrivait Paul Ricœur. La CNDH en fait désormais un mandat.
Nommer l’ombre
Premier objectif : documenter l’ensemble des violations des droits humains commises entre 2016 et 2017. Identifier les responsables, établir les faits, démêler les responsabilités. Hannah Arendt rappelait que « l’impunité commence quand les crimes deviennent anonymes ». Ici, il s’agit de redonner des noms à l’ombre.
La preuve contre l’oubli
La mission entend recueillir et vérifier les preuves, en lien avec les institutions nationales et internationales. Les éléments collectés pourraient nourrir les procédures judiciaires en cours ou à venir. Pour la CNDH, l’enjeu est clair : transformer la mémoire en dossier, l’émotion en droit.
La vérité sous regard international
Le caractère sensible du dossier impose une coopération élargie : Nations unies, États-Unis, Suède, mécanismes onusiens de surveillance. Une reconnaissance implicite que la justice, ici, dépasse les frontières. Comme le notait Kofi Annan, « les droits humains ne connaissent pas de souveraineté fermée ».
La CNDH lance aussi un appel à témoins, ouvrant la porte aux voix longtemps tues. Car, comme l’écrivait Desmond Tutu, « sans vérité, il n’y a pas de futur ». Au Kasaï, la justice commence par l’écoute et par le courage de regarder derrière soi.
Okapi / VF7, via voltefaceinfos7.com