“L’avocature en RDC : La montagne d’or qui avale les rêves”

Quand l’université a versé en vous le savoir des lois, certains rêvent d’embrasser l’avocature. Pourtant, avant même de prononcer Ma foi et ma loyauté au droit, vous devez d’abord traverser un désert de frais casier judiciaire, certificat de nationalité, droit de test, prestation de serment un cortège de billets qui transforme votre vocation en impasse. Cette barrière économique, loin d’être neutre, agit comme un gardien des privilèges, une sentinelle financière qui filtre le mérite au son des dollars.

Le temps qui échappe

Prévu d’abord le 18 janvier 2026, le test de recrutement du Barreau de Matete a été déplacé au 1er mars 2026. Un détail logistique ? Non : c’est la Suspension du temps des aspirants. Chaque report rajoute des semaines de stress, d’économies précieuses à mobiliser, de détours administratifs l’attente se fait épreuve. Le temps même devient taxe, une monnaie d’angoisse sur le marché de vos ambitions.

Quand le savoir meurt de faim

Beaucoup de jeunes diplômés portent dans la tête des océans de règles, de procédures, de doctrines juridiques. Mais faute d’accès à la salle d’avocature, leurs compétences s’assèchent comme des herbes laissées au soleil. Car, si tel est le combat pour entrer, quel avenir pour ceux qui restent coincés aux portes ? Ils se détournent de la loi comme on abandonne une cité en ruines capital intellectuel perdu, promesses étouffées.

 L’appel des parapluies politiques

KAZIMIRE NGANDU MBANGALA, juriste interrogé, dit avec gravité que certains étudiants « cherchent des parapluies dans des partis politiques ». Quand le coût devient voyou, le lien politique devient bouée. Ce soutien n’est pas sans prix : il fait des avocats en devenir des satellites dépendants, tournant autour d’un centre de gravité politique plutôt que de l’indépendance du droit. Ce n’est plus seulement une profession : c’est une danse aux marges du pouvoir.

Le filtre invisible

Pierre Bourdieu, sociologue, parlait du capital comme d’un pouvoir invisible qui façonne les élites. Et c’est bien ce que l’on voit ici : non pas un tri légitime par compétence, mais un tri par portefeuille. Ceux qui ont le capital financier ou celui des réseaux politiques deviennent les nouveaux gardiens de la justice, tandis que les autres regardent par la fenêtre, échos de leurs diplômes muets.

L’ombre du Système sur la Justice

Michel Foucault expliquait comment les institutions ne se contentent pas de régir, elles normalisent. Ici, ce n’est pas la loi qui sélectionne ; ce sont ses procédures financières et ses délais incertains. Et dans les recoins de ce système, l’indépendance professionnelle se dissout en gouttes. Ce n’est plus l’Etat de droit qui s’impose, mais l’État du porte-monnaie.

La montagne de frais, les délais reportés, les soutiens politiques tout cela dit une chose profonde : dans ce pays, accéder à la justice reste un privilège, pas un droit. Quand l’accessibilité se heurte à l’exclusion, ce n’est plus la loi qui gouverne, mais l’inégalité. « Le vrai droit ne s’achète pas, il se mérite ; et si l’accès à celui-ci est monnayé, alors le rêve de justice devient une chimère pour beaucoup. »

Didier BOFATSHI

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