Arrivée à Kinshasa, première étape d’une tournée régionale qui la mènera au Burundi puis au Rwanda, Hadja Lahbib affiche une priorité : garantir un accès humanitaire total dans l’Est de la République Démocratique du Congo, où l’AFC/M23 continue de redessiner la carte de la peur. L’objectif proclamé : ouvrir des couloirs sécurisés pour des centaines de milliers de déplacés. L’urgence est réelle. Mais l’équation reste incomplète.
Les couloirs de la dignité
L’Europe promet des routes sûres là où les routes sont barrées par les armes. Acheminer l’eau, la nourriture, les bâches. Soulager les camps, notamment au Burundi, où survivent des réfugiés congolais. Comme le rappelait Kofi Annan : « L’action humanitaire n’est pas un luxe moral. » Elle est impératif vital.
La diplomatie des pansements
Mais secourir n’est pas prévenir. L’aide colmate, elle ne désarme pas. Hannah Arendt écrivait : « Le pouvoir naît lorsque les hommes agissent ensemble. » Or l’action internationale demeure fragmentée. Les visites se succèdent, les lignes de front se déplacent.
Silence des sanctions
La question lancinante demeure : où sont les mesures dissuasives contre les soutiens des violences ? Sans contrainte politique claire, l’humanitaire devient gestion permanente de l’urgence. Le juriste Antonio Cassese avertissait : « La protection des civils exige des responsabilités. » Sans responsabilité, la compassion s’épuise.
L’étincelle et l’incendie
La visite offre visibilité, écoute, promesse. Une étincelle d’attention pour des peuples qui ont tout perdu. Mais pendant que l’Europe soigne, la guerre s’organise. Pendant que l’on distribue des vivres, les causes demeurent intactes.
La signification cachée de cette tournée est brutale : l’Europe affirme sa solidarité sans affirmer pleinement sa capacité de dissuasion. Elle soulage les victimes sans neutraliser la source du feu.
« On ne fait pas la paix en entretenant la guerre », interroge l’histoire contemporaine. Et comme le rappelait Arendt, « la violence peut détruire le pouvoir ; elle ne peut jamais le créer ». Reste à savoir si l’Europe veut seulement panser les plaies… ou enfin briser le cycle qui les rouvre.
RFI / VF7, via voltefaceinfos7.com