
Une nouvelle tempête de neige a recouvert le sud des États-Unis d’un silence blanc et lourd. Routes paralysées, vols annulés, campus figés : le froid a débordé de ses latitudes habituelles pour s’installer là où l’hiver, d’ordinaire, n’ose pas s’attarder. La vague polaire s’étend, et avec elle, l’inquiétude.
Le Sud sous le suaire blanc
Caroline du Nord, Caroline du Sud, États voisins : la neige tombe dru, inhabituelle, presque incongrue. Des régions familières de la moiteur et des ouragans découvrent la morsure du gel. Les autorités appellent à rester chez soi, les bâtiments côtiers sont menacés, les transports s’effondrent. Le climat inverse les repères. « La nature ne connaît pas nos cartes mentales », écrivait le géographe Paul Vidal de la Blache.
Les routes du froid
Une semaine plus tôt, une tempête dévastatrice avait déjà meurtri le pays, faisant plus de cent morts. Les infrastructures n’ont pas eu le temps de se relever que le froid revient, plus bas, plus fort. Le Sud, peu préparé, encaisse. Comme le notait Ulrich Beck, « le risque moderne est global, mais ses effets sont localement brutaux ». Ici, le risque s’appelle verglas.
L’hiver hors saison
Au-delà de l’événement, le signal est plus large. Des températures négatives frappent des territoires non habitués à ces extrêmes. Le climat déborde de son cadre. Les saisons se dérèglent, les certitudes fondent. « Le climat n’est plus un décor, il devient un acteur », écrivait Bruno Latour.
Sous la neige du Sud, ce n’est pas seulement l’Amérique qui glisse, c’est l’idée d’un climat stable qui craque. Et comme le rappelait Albert Camus : « Nommer le désastre, c’est déjà commencer à lui résister. » Reste à savoir si, face à l’hiver qui migre, les sociétés sauront, elles aussi, changer de saison.
Le Monde / VF7, via voltefaceinfos7.com