Lambert Mende au temps des comptes : comment se réécrit le passé politique

  1. Je Dans la vie politique congolaise, il arrive un moment où les anciens compagnons de route se retrouvent face au grand livre de l’Histoire. Les pages se tournent, les marges se remplissent de notes critiques, et chacun est sommé d’expliquer sa place dans le récit. Lambert Mende Omalanga semble avoir compris que ce moment est arrivé.

Ancien ministre de la Communication et porte-voix emblématique du régime de Joseph Kabila, Mende a récemment choisi de prendre la parole pour tracer une ligne claire entre sa trajectoire personnelle et l’héritage désormais controversé de l’ancien président. Une parole mesurée, presque comptable, dans un contexte où chaque proximité passée devient une dette politique à justifier.

Le temps des comptes, pas celui du reniement

En affirmant qu’il n’a jamais été « au service de Joseph Kabila », Lambert Mende ne cherche pas à effacer son passé. Il tente plutôt d’en réinterpréter la nature. Dans sa lecture, l’engagement ministériel n’était pas une adhésion à un homme ou à un clan, mais une mission au sein d’un appareil étatique qu’il présente comme supérieur aux individus qui le dirigent temporairement.

Cette distinction est centrale. Elle permet à Mende de rester fidèle à son parcours tout en se dégageant des controverses actuelles qui entourent Joseph Kabila, notamment les soupçons de compromission de la souveraineté nationale. Il ne renverse pas la statue, mais il change la plaque explicative.

L’État comme refuge narratif

Dans un paysage politique congolais marqué par la personnalisation extrême du pouvoir, invoquer le « service de l’État » revient à se réfugier dans une forteresse institutionnelle. C’est précisément ce que fait Lambert Mende. Il transforme une proximité politique prolongée en une relation strictement fonctionnelle, dictée par 2les circonstances et encadrée par la République.

Ce discours n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une tendance plus large observée chez plusieurs anciens cadres du régime Kabila, aujourd’hui soucieux de se démarquer d’un héritage devenu lourd à porter. Le passé n’est plus nié, mais il est requalifié.

Lumumbisme revendiqué, kabilisme relativisé

Le rappel de son identité lumumbiste joue ici un rôle clé. En se réclamant d’une tradition politique historiquement associée à la souveraineté, au nationalisme et à la dignité de l’État congolais, Lambert Mende tente de repositionner son action dans un registre idéologique plus valorisé auprès de l’opinion publique actuelle.

Face à un kabilisme désormais scruté, contesté et parfois assimilé à une gouvernance opaque, le lumumbisme devient pour Mende une boussole morale rétrospective. Il suggère que sa présence au cœur du pouvoir relevait davantage d’un compromis républicain que d’une fusion idéologique.

Une parole ajustée à l’ère Tshisekedi

Cette relecture du passé permet également de donner une cohérence à son ralliement à la majorité de Félix Tshisekedi. Dans un système politique souvent accusé de transhumance opportuniste, Lambert Mende cherche à apparaître comme un homme de continuité étatique plutôt que comme un survivant de régime.

Le message est clair : les régimes passent, l’État demeure. Et ceux qui prétendent l’avoir servi doivent être jugés à l’aune de cette permanence, non des figures momentanément installées au sommet.

Une bataille de mémoire plus qu’un débat politique

Au fond, la sortie médiatique de Lambert Mende relève moins d’un débat sur Joseph Kabila que d’une bataille pour le contrôle de la mémoire politique. À mesure que l’ère Kabila s’éloigne, ses anciens acteurs cherchent à influencer la manière dont elle sera racontée, interprétée et jugée.

Lambert Mende a choisi sa posture : celle du serviteur de l’État pris dans les contraintes de son temps. Reste à savoir si cette relecture sera acceptée par l’opinion publique, ou si l’Histoire, moins indulgente que les discours, retiendra surtout la voix puissante qui, pendant des années, a défendu un pouvoir aujourd’hui en procès.

Dans la politique congolaise, le temps des comptes n’est jamais totalement clos. Mais chacun, tôt ou tard, tente d’équilibrer son bilan.

Ya Biso News / VF7, via voltefaceinfos7.com

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