Les États-Unis relâchent la bride. Sous l’impulsion de l’Environmental Protection Agency dirigée par un proche de Donald Trump, l’administration fédérale revient sur des mesures adoptées pour limiter les émissions des centrales à gaz et à charbon. Mercure, polluants toxiques : davantage autorisés, moins contraints. Un virage net. Un signal politique.
La doctrine du charbon roi
Ce recul réglementaire acte une priorité : l’énergie avant le climat. En toile de fond, le Clean Air Act, socle du droit environnemental depuis 1970, qui confère à l’État le pouvoir de protéger la santé publique par des normes strictes. Restreindre son usage, c’est redéfinir l’équilibre entre régulation et croissance. Friedrich Hayek avertissait : « Plus l’État planifie, plus l’individu perd sa liberté. » Ici, Washington semble choisir l’oxygène des marchés plutôt que la contrainte des seuils.
Le mercure dans les poumons
Le mercure n’est pas une abstraction statistique ; il est neurotoxique, persistant, invisible. Autoriser davantage d’émissions revient à déplacer le risque vers les communautés riveraines. Ulrich Beck parlait d’une « société du risque » où le progrès produit ses propres menaces. Le geste fédéral transfère la charge sanitaire — et potentiellement judiciaire — aux États et aux citoyens.
La loi, miroir brisé
La jurisprudence américaine, notamment Massachusetts v. EPA (2007), a reconnu la capacité de l’agence à réguler les polluants dangereux. Revenir en arrière n’abolit pas la loi, mais en redessine la portée. Montesquieu rappelait : « La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent. » Encore faut-il décider ce qu’elles doivent permettre.
Un signal au monde
Au-delà des frontières, le message est clair : la compétitivité prime. Alexis de Tocqueville écrivait que « les institutions sont le reflet des mœurs ». Cette décision reflète une Amérique qui privilégie la puissance énergétique, quitte à assouplir le principe de précaution.
En desserrant l’étau, Washington recompose la hiérarchie des urgences : produire d’abord, protéger ensuite. Mais l’air, bien commun par excellence, ne connaît ni frontières ni mandats. « Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants », écrivait Antoine de Saint-Exupéry. La question demeure : à quel prix respirerons-nous demain ?
RFI /VF7, voltefaceinfos7.com