La République du Congo le verdict scellé du pouvoir immobile

La validation par la Cour constitutionnelle de la victoire de Denis Sassou Nguesso consacre bien plus qu’un résultat électoral : elle fige une continuité politique, referme les voies du recours et transforme la contestation de Dave Mafoula en murmure institutionnel. Derrière les chiffres et les formes juridiques, se dessine une scène où le droit, le pouvoir et la légitimité s’imbriquent dans une stabilité qui interroge.

Le sceau des juges

La Cour constitutionnelle a refermé la parenthèse du doute. En validant la victoire de Denis Sassou Nguesso, elle transforme l’élection en sentence institutionnelle. Le contentieux porté par Dave Mafoula s’est dissous dans le marbre juridique. La contestation s’est heurtée à une vérité d’État déjà cristallisée. Comme l’écrivait Montesquieu, « il n’y a point de tyrannie plus cruelle que celle qui se fait sous l’ombre des lois ».

L’arithmétique du vertige

94,90 %. Le chiffre ne compte plus les voix, il compte le pouvoir. Il devient langage politique total. L’élection n’additionne pas, elle consacre. Dans cette mécanique, la majorité ne convainc plus : elle domine. Levitsky et Way rappellent que « les régimes compétitifs maintiennent les formes sans l’essence ». Ici, la forme électorale subsiste, mais la compétition s’évapore.

Le théâtre des contestations muettes

Les accusations d’irrégularités s’élèvent, mais ne fissurent rien. Bourrages d’urnes allégués, bureaux déplacés, soupçons diffus : la parole s’épuise dans l’institution. La justice tranche, mais le doute demeure en marge. Pierre Bourdieu rappelait que « le pouvoir symbolique est un pouvoir de faire croire ». Ici, croire ou douter ne modifie plus l’issue.

La continuité comme horizon

L’État avance dans une répétition assumée. L’investiture annoncée scelle le cycle. La stabilité devient récit, la durée devient légitimation. Antonio Gramsci écrivait : « Le vieux meurt et le nouveau ne peut pas naître ». Entre les deux, le pouvoir s’installe.

Ce verdict n’est pas seulement une décision : il est une architecture politique. Un ordre qui se raconte lui-même comme évidence. Comme le rappelait Hannah Arendt, « le pouvoir et la violence sont opposés ; là où l’un domine totalement, l’autre devient inutile ». Ici, le pouvoir ne discute plus : il s’impose comme horizon.

Didier BOFATSHI

RFI / VF7, voltefaceinfos7.com

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