Kinshasa sous siège : les professeurs frappés, l’intellect à mains nues

Frappés, mutilés, vulnérables, les enseignants de l’UNIKIN deviennent les cibles silencieuses d’une violence urbaine qui dépasse le simple fait divers. L’agression du professeur Denis Bungu n’est que la partie émergée d’un iceberg : fragilité de l’État, précarité sociale, insécurité chronique. L’appel au port d’armes pour se protéger résonne comme un cri dans la nuit de Kinshasa.

Corps brisé, société fissurée

Le professeur Denis Bungu a été attaqué sur le chemin du rond-point Ngaba : deux bras fracturés, la tête touchée. David Lubo, président de l’APUKIN, s’indigne : « On ne peut pas travailler avec une insécurité financière et la peur au ventre. » Chaque agression révèle l’échec des structures de protection, là où Kenneth Waltz rappelait que la faiblesse des institutions produit une insécurité presque normale.

Violence symbolique et silence des rues

Ces attaques ne visent pas que les corps : elles frappent l’autorité intellectuelle et morale. Johan Galtung écrivait que « la violence s’inscrit dans des structures qui privent les individus de leurs droits fondamentaux ». À Kinshasa, l’intellectuel devient cible, et chaque professeur blessé raconte la fragilité sociale d’un pays où savoir rime avec vulnérabilité.

Le professeur, balise d’un État en déroute

Kisangani, Lubumbashi, Kinshasa : le phénomène se répète. Hedley Bull soulignait que la société repose sur sa capacité à protéger ses membres ; quand cela échoue, les professeurs, symboles du savoir, deviennent des martyrs involontaires. L’appel à l’auto-défense illustre un paradoxe cruel : protéger l’esprit exige parfois de brandir l’arme.

Cri silencieux, avertissement éclatant

L’attaque contre Bungu et Abatha n’est pas un hasard : elle signale un malaise structurel profond. La violence physique révèle la violence institutionnelle et sociale qui gangrène la société congolaise. Comme le rappelle Lubo, « pourquoi sommes-nous ciblés ? » : une question qui résonne comme un écho dans toutes les écoles, universités et rues du pays.

Chaque bras fracturé, chaque professeur attaqué est un avertissement. « La connaissance sans protection est une lumière vacillante dans l’ombre des défaillances », pourrait-on paraphraser Galtung, interpellant l’État et la société : si les intellectuels tombent, c’est toute la nation qui chancelle.

Didier BOFATSHI / VF7, via voltefaceinfos7.com

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