Sur l’esplanade du Palais du Peuple, où se mêlent ferveur et poussière, le cardinal Fridolin Ambongo a dressé, devant des milliers de jeunes, le miroir brisé d’une capitale en dérive. Au cœur de la fête du Christ-Roi, il a appelé la jeunesse à devenir l’étincelle de vérité dans une ville engluée dans la corruption, l’insalubrité et les inondations.
Le cri d’un pasteur face à la ville défaite
Kinshasa, empire de ruelles saturées, fleuve d’embouteillages, mosaïque d’ordures, bruissait ce dimanche d’une autre rumeur : celle de la jeunesse rassemblée pour entendre le cardinal Ambongo, silhouette vive sous la houle des chorales. Il ne parlait pas de dogme. Il parlait de boue, d’odeurs, d’infrastructures effondrées. Il parlait d’un mal ancien : la corruption, racine des ruines visibles. Dans sa voix, la ville devenait un organisme blessé, rongé par des mains invisibles, et les jeunes, la dernière respiration possible.
Dès l’école, dites non” : appel à l’insurrection morale
C’est dès l’école qu’il faut dire non à la corruption et à la tricherie. Insalubrité, inondations, absence d’infrastructures : leurs racines plongent dans la corruption qui entretient la mauvaise gouvernance, lâchait le Cardinal Fridolin Ambongo Sa phrase retentit comme un tambour : refuser le faux, refuser la facilité, refuser l’argent sale qui engendre les rues dévastées, les marchés devenus décharges, les caniveaux bouchés comme des artères malades. Dans son homélie, la capitale n’était plus une ville : elle était un corps fiévreux, haletant, exigeant que sa jeunesse devienne son médecin.
Floribert comme flambeau : le martyr qui dit non pour tous
Pour montrer la route, Ambongo a convoqué un nom devenu flamme : Floribert Bwana Chui, béatifié en 2025, ce jeune cadre de l’OCC qui refusa de laisser entrer un riz avarié. Il refusa l’inacceptable et on lui vola la vie. Le cardinal l’érige en boussole, en étoile fixe : un Congolais qui prouva que l’intégrité peut être un acte d’amour collectif.
Une capitale qui se noie : symbole d’un pays en trombe
La pluie est devenue un verdict. Ailleurs, elle annonce le beau temps ; ici, elle déchaîne les torrents, les maisons noyées, les familles abandonnées au silence administratif. Les embouteillages monstrueux serpents métalliques sans fin rendent chaque déplacement une pénitence. Les déchets plastiques glissent vers le fleuve, comme si la ville cherchait à fuir elle-même. Le Chef de l’État a parlé d’un état “alarmant, catastrophique”. Le mot est juste : Kinshasa chavire.
Ce que dit la ville
Les ordures : monceaux d’immondices — villes parallèles. Les routes : nervures fissurées, mal entretenues. Les pluies : déluge qui révèle l’oubli administratif. La gouvernance : une mécanique grippée par la corruption. La jeunesse : dernier ressort, dernier souffle.
La jeunesse comme barrage contre la débâcle
Le cardinal n’a pas flatté. Il a confié une charge : refonder le pays depuis les consciences. La jeunesse devient dans son discours : une barricade morale, une pièce maîtresse de la vérité, – un antidote vivant. À défaut de béton, à défaut de ponts, à défaut d’égouts, elle peut offrir une colonne vertébrale éthique, unique fondation qui ne s’effondre pas sous la pluie.
Analyse : un discours qui dépasse l’Église
L’homélie dit plus qu’une prière. Elle dit l’épuisement d’une ville, l’essoufflement d’une administration, la faillite de systèmes qui se répètent. Elle dit également la volonté croissante d’une société de reraciner la redevabilité, de bousculer l’impunité. Ambongo transforme la liturgie en plaidoyer. Il ne remplace pas l’État, mais il oblige l’État à regarder la réalité sans fard.
À l’esplanade du Palais du Peuple, ce dimanche, une phrase flottait encore dans l’air du crépuscule : “Fêtez Christ Roi, c’est être témoin de la vérité.” Dans une ville qui se débat avec ses ombres, la vérité devient une forme de résistance. Et la jeunesse si elle choisit d’y croire peut redevenir l’étincelle qui répare les fissures de Kinshasa.
Didier BOFATSHI