Katumbi à l’heure du dialogue : entre stratégie et zones grises

À la veille de la marche de Goma, Moïse Katumbi publie un communiqué appelant au dialogue national inclusif. Du point de vue de l’opposant en exil, il s’agit moins d’accompagner la rue que de reprendre le contrôle du récit politique. Entre prudence stratégique et silence pesant sur les violences, sa posture révèle une approche de paix à haut risque, oscillant entre réalisme et ambiguïté morale.
Le calendrier comme instrument de narration
Le 21 décembre 2025, l’opposant lance son message quelques heures avant la mobilisation à Goma. Pour Katumbi, ce timing n’est pas une connivence mais un geste calculé : requalifier la revendication du dialogue, la ramener du pavé armé au champ politique légitime. Dans une ville contrôlée par l’AFC/M23, publier ce communiqué revient à reprendre le monopole du narratif et à rappeler que la parole politique peut exister hors de la violence.
Inclusivité et réalisme : la paix avec des ennemis
Inclure l’AFC/M23 ne signifie pas approuver ses crimes, mais reconnaître un fait politique brutal : un mouvement armé qui contrôle des territoires et influence la vie de millions de civils. Dans l’histoire congolaise, toutes les guerres se sont terminées par des négociations avec des groupes armés. Pour Katumbi, exclure ces acteurs ne ferait que prolonger la guerre ; la paix ne se construit pas avec des alliés, mais avec des ennemis.
Silences calculés, responsabilités amplifiées
Le communiqué évite de condamner directement les exactions, un choix stratégique pour préserver un espace de médiation. À l’inverse, Kinshasa est critiqué frontalement : responsable des leviers de l’État, il porte la charge de la réussite ou de l’échec de la paix. Depuis Londres, Katumbi se pose en architecte d’une réconciliation durable, utilisant ses mots comme levier quand l’action directe lui est interdite.
Entre lyrisme diplomatique et zones d’ombre, le communiqué de Katumbi illustre la complexité d’une stratégie de paix en exil. Risquée, contestable, mais cohérente selon sa logique : dans le Congo meurtri, la parole peut être une arme fragile, mais nécessaire.
Didier BOFATSHI

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