Initialement attendu le mercredi 1er avril, le verdict dans l’affaire opposant le ministère public au docteur David Balanganayi devant le Tribunal de grande instance de Kinshasa/Kinkole a été reporté au vendredi 3 avril. Ce renvoi intervient après que la journée du 1er avril a été déclarée chômée et payée sur décision du gouvernement, en lien avec les célébrations nationales marquant la qualification historique de la RDC à la phase finale de la Coupe du Monde 2026, prévue aux États-Unis, au Canada et au Mexique.
Justice en apesanteur
Le procès devait tenir hier, 1er avril. Mais la salle d’audience est restée en suspens. La journée du 1er avril ayant été déclarée chômée et payée par décision gouvernementale, l’audience a été mécaniquement renvoyée. Cette mesure exceptionnelle s’inscrit dans un contexte de célébration nationale de la qualification historique de la République Démocratique du Congo à la phase finale de la Coupe du monde, organisée dans trois pays précédemment cités du continent américain.
Ainsi, le verdict attendu dans une affaire grave accusations de torture, tentative de meurtre et coups et blessures aggravés se retrouve temporairement décalé par un événement sportif à forte charge symbolique. Michel Foucault rappelait que « le pouvoir circule à travers les institutions » : ici, il circule aussi à travers les calendriers.
Blouse blanche fissurée
Au cœur du dossier, une patiente, Dorcas Mulema, accusant des sévices physiques et verbaux lors de son passage en salle d’accouchement à l’hôpital général de référence de Kinkole. Elle est actuellement prise en charge à l’hôpital Diamant par la Fondation de la Première Dame, Denise Nyakeru, après la diffusion d’une vidéo ayant suscité une forte indignation dans l’opinion publique.
Dans cet espace médical, la frontière entre soin et violence devient objet de débat. Erving Goffman soulignait que les institutions produisent des rapports de pouvoir invisibles : ici, la blouse blanche se charge d’une ambiguïté lourde.
Le tribunal des écrans
Avant même la décision judiciaire, une autre scène s’est imposée : celle de l’opinion publique, amplifiée par la diffusion virale des images. Des organisations féminines suivent de près le dossier, qu’elles considèrent comme un test de crédibilité du système de santé et de protection des patientes. Pierre Bourdieu écrivait que « les médias construisent la réalité sociale ». Dans cette affaire, la réalité judiciaire est désormais doublée d’une réalité médiatique et émotionnelle.
État sous tension symbolique
Ce renvoi met en évidence la superposition des temporalités : judiciaire, politique, sportive et sociale. La justice, attendue comme instance de neutralité, se retrouve intégrée à un moment national de célébration. Jürgen Habermas rappelait que la légitimité repose sur la reconnaissance des normes par l’espace public. Ici, ces normes sont observées, commentées et vécues simultanément.
Dans cette affaire, la justice cherche à garder son souffle dans un pays en effervescence symbolique. Comme l’écrivait Hannah Arendt, « le pouvoir naît lorsque les hommes agissent ensemble, mais il s’évanouit dans la dispersion ». Ici, tout s’est rassemblé sport, droit, émotion et tout attend encore de se résoudre.
Didier BOFATSHI / VF7, voltefaceinfos7.com
