Les pourparlers indirects entre l’Iran et les États-Unis reprennent à Genève dans un climat où la diplomatie côtoie la menace militaire. Téhéran affirme ne pas vouloir de l’arme nucléaire, tandis que Washington suspecte des ambitions stratégiques dissimulées derrière le discours officiel.
La doctrine iranienne : l’arme refusée, mais la puissance affirmée
Le président iranien Massoud Pezeshkian a rappelé que l’option nucléaire militaire est exclue pour des raisons doctrinales, évoquant l’autorité religieuse du guide suprême Ali Khamenei. Dans la perspective de la théorie de la négociation intégrative, illustrée par Roger Fisher et William Ury dans Getting to Yes, l’Iran tente de redéfinir le cadre du conflit : limiter les discussions au nucléaire tout en cherchant la levée des sanctions économiques.
Washington : la logique de pression stratégique
De son côté, l’administration américaine, associée à l’envoyé diplomatique Marco Rubio et à l’émissaire Jared Kushner, souhaite inclure le programme de missiles balistiques dans les négociations. Cette posture reflète la logique du bargaining power theory en négociation internationale : la position de force dépend du coût d’alternative. Washington maintient ainsi un dispositif militaire régional sous l’impulsion du président Donald Trump.
La zone grise “ni guerre ni paix”
Les deux parties se trouvent dans ce que Thomas Schelling appelle la stratégie de coercition graduelle (The Strategy of Conflict). Chaque camp utilise la menace comme instrument de négociation sans franchir le seuil du conflit ouvert. Le programme de missiles iraniens, capable selon Washington de menacer des zones européennes, constitue un point de focalisation du bargaining asymétrique.
Le dilemme des sanctions
Téhéran exige la levée des sanctions qui étouffent son économie, tandis que Washington conditionne toute détente à l’élargissement du dialogue aux questions militaires régionales et balistiques. La situation illustre la théorie de la négociation distributive : chaque acteur cherche à maximiser son gain relatif plutôt qu’un compromis commun.
Genève apparaît moins comme un lieu de paix que comme un espace de gestion du conflit. Comme le disait Kenneth Waltz, « dans un système anarchique, les États négocient pour survivre avant de négocier pour coopérer ». Entre la bombe refusée et la pression stratégique, l’Iran et les États-Unis marchent sur la frontière invisible entre guerre contenue et paix incertaine.
Le Monde / VF7, via voltefaceinfos7.com